CULTURES SAUVAGES #5 – UN AUTOMNE À KYOTO



Cultures Sauvages c’est une émission de la Radio Eponyme, une radio locale Mulhousienne. L’émission s’est créée en 2017 et propose des interviews culturelles notamment autour de la musique et de la littérature. Depuis Octobre 2019, j’y fais tous les mois une petite chronique autour de mes baroudes accompagnée d’un dessin illustrant mes aventures.


(Read me in English, baby!)


L’émission du 4 mars 2020 avait pour thème “Le Japon” et nous l’avons enregistrée à la librairie Mulhousienne Le Temple d’Inari. Tu peux l’écouter dans son intégralité juste ici :

Cultures Sauvages Saison 3 # 11 – Le Japon


UN AUTOMNE À KYOTO



Ce que j’aime au Japon, c’est la beauté des saisons. Surtout l’impressionnante flamboyance du printemps (haru 春) et de l’automne (aki 秋).

La saison de la floraison des cerisiers au printemps – aussi appelée hanami 花見 – m’avait vraiment soufflée. La même année, en novembre 2017, voilà que je découvrais l’automne à Kyoto.



LE MOMIJIGARI OU LA CHASSE AUX ÉRABLES



Le momijigari 紅葉狩りc’est le pendant automnal du hanami. Cela signifie littéralement « la chasse aux feuilles d’Automne ». En effet, au Japon comme au Canada, les érables teintent les rues de couleurs chaudes une fois l’automne venu. Cet effet de rougissement des feuilles est appelé kôyô (紅葉)  – et comme tu peux le constater, les kanjis sont les mêmes que pour momijigari.

Les feuilles des érables japonais sont cependant bien plus petites et plus fines que les érables que nous connaissons en Europe, avec des marges finement dentelées. Il existe évidemment une bonne dizaine d’espèces, et tout autant de couleurs. Comme pour la floraison des cerisiers, une météo dédiée à l’occasion anticipe les périodes où les couleurs seront les plus vives : on préférera alors la période allant de mi-novembre à mi-décembre dans les alentours de Kyoto.



En automne comme au printemps, les Japonais se délectent d’aller admirer les feuillages changer de couleur dans les jardins et les temples. D’ailleurs, à Kyoto, les temples et le château sont ouverts plus tard en soirée et proposent même des éclairages nocturnes. L’occasion de découvrir les temples et les feuillages sous un angle encore plus onirique. Certains temples, comme le Eikan dô, pratiquent même une hausse des prix conséquente en saison automnale : mais la visite en vaut le prix. Il s’agit du plus beau jardin que j’ai vu de ma vie, je n’avais jamais vu de dégradés de couleurs pareils! Le temple, fondé en 863, ce temple embarque les visiteurs dans de petites coursives en bois qui serpentent entre une quinzaine de pavillons, le jardin merveilleux et autour de l’étang Hojo. Une visite bucolique et apaisante, malgré la foule de visiteurs venus pour le momijigari !



RETOUR AU FUSHIMI INARI TAISHA



Je m’étais donnée un mois. Un mois pour redécouvrir Kyoto, ses temples, ses rues pavées. Pour explorer au-delà des endroits les plus touristiques, pour tenter de m’y sentir comme chez moi. J’avais comme objectif d’aller visiter au moins un temple par jour. Et tu peux me croire, il y a de quoi faire à Kyoto, question temples !

Malgré mon désir de découvertes, je n’ai pas pu m’empêcher de retourner au sanctuaire Fushimi Inari, le sanctuaire le plus célèbre de Kyoto (voire du Japon) pour ses chemins pédestres remplis de torii (鳥居), ces fameuses portes de sanctuaire rouges. C’est, j’imagine, le sanctuaire qui a donné son nom à la librairie. Ici, les torii sont si nombreuses qu’elles forment un véritable tunnel pour accéder au sommet de la montagne.

Je décide d’y retourner en soirée, et le jeu d’ombre et de lumière entre les torii grâce aux petites lanternes confère au lieu une atmosphère mystique, mystérieuse, inquiétante. Après tout, je suis presque seule au milieu de la forêt. Entourée de sanctuaires et de statues de divinités en forme de renard, mes pas qui résonnent sur les pavés dans la pénombre, … On dit que les torii délimitent la frontière entre le monde profane et le monde spirituel. Ce soir-là, pas de doutes, j’ai pénétré dans un autre monde… Je me sens un peu comme Chihiro à déambuler dans ce monde spirituel remplis de créatures inconnues.



LE QUARTIER GOJO



A Kyoto, j’étais basée au Gojo Paradiso, un ensemble de maisons d’hôtes pour lequel je travaillais en échange de l’hébergement : qui aurait cru qu’un jour je serais préposée à la lessive et au pliage de draps ? Je te présente mon talent inutile n°73 ! J’y découvre le petit quartier charmant de Gojo et ses maisons traditionnelles : les machiya. Les machiya étaient des maisons en bois très populaires à Kyoto avant la seconde guerre mondiale, elles appartenaient principalement aux marchands et aux artisans. De nos jours, la plupart ont été transformées en restaurants, cafés, en hôtels ou maisons d’hôtes. Il s’agit là d’une des meilleures manières de préserver ces maisons au vu de leur matériau de construction : le bois pourri très vite et est évidemment très inflammable. J’ai la chance de travailler dans ces maisons typiques, où l’on trouve des tatamis au sol, et des petites cours intérieures.

Déambuler dans le quartier avec mes sacs de linge me remplit de joie – enfin surtout lorsqu’il ne pleut pas! Les rues sont étroites, et le quartier est engoncée entre la rivière Kamo et le canal Takase. Ici, la lumière est folle au petit matin avec les arbres d’automne lorsque je m’en vais visiter les temples avant de commencer le travail.


ICHI, NI, SENTÔ



Comme c’est l’automne à Kyoto, il fait parfois très froid, jusqu’à moins de 0 degrés dans la nuit, et comme à Taiwan, les températures étaient plutôt clémentes à cette époque de l’année, je n’avais même pas ramené de veste avec moi… ! Heureusement je m’achète un sweat à capuche vert, une doudoune, des gants et j’emprunte des habits à droite et à gauche pour survivre.

On comprendra pourquoi mon habitude préférée à Kyoto aura été de me laver dans les sentô (銭湯), les bains publics ! Il y en avait deux dans ma rue, ouverts jusqu’à 2h du matin tous les jours. Cela ne coûtait pas très cher, et je pouvais me baigner dans quatre ou cinq bains différents : un bain froid, des bains chauds de toutes les couleurs, parfumés, avec bulles, et même un bain électrique ! Il y avait toujours du monde, même en pleine nuit. J’aimais plus que tout m’asseoir dans le sauna avec les vieilles dames en écoutant de la musique japonaise des années 50. Je trouvais ça extraordinaire. Fréquenter les sentô fait partie de la vie quotidienne des Japonais. C’est souvent l’occasion de prendre soin de soi, de se détendre, et surtout de se raconter les derniers potins du quartier. Même si je ne comprenais pas la majorité des conversations, j’avais quand même l’impression de faire partie de la vie du quartier en allant barboter au sentô !

D’ailleurs, la première fois que j’y suis allée, j’en suis ressortie très émue : la gérante m’avait offert un origami pour me remercier. Moi qui en offre à tout va depuis quelques années, c’est une des premières fois depuis bien longtemps que j’en reçois un ! La vie est vraiment drôle parfois.



Finalement, je trouvais le Japon encore plus magique en Automne. Était-ce parce que mon cœur s’était encore emballé pour un garçon ? Était-ce le froid ? Je m’emmitouflais dans son écharpe de laine, comme on se faufile sous la couette aux premiers givres.

Était-ce le doux étourdissement qui me prenait chaque fois que je sortais du sentô et que je retrouvais la fraîcheur de la nuit ? Ou bien parce que j’avais pris le temps, chaque matin de me lever aux aurores pour me balader dans des jardins aux couleurs éclatantes ? Peu importe. Ce qui est sûr, c’est que dorénavant ma vision du paradis ressemble pas mal à un perpétuel automne dans les ruelles de Kyoto…


Reste connecté.e avec Cultures Sauvages sur Facebook



CULTURES SAUVAGES #5 – UN AUTOMNE À KYOTO
Tagged on:             

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.