UN AN DE BAROUDES EN NOUVELLE ZELANDE – ET RENTRER “A LA MAISON”


Je pense à la Nouvelle Zélande tous les jours.

Une image de montagne se glisse dans ma tête. Parfois c’est le lac Te Anau, d’autres fois un visage familier. Un sourire me vient aux lèvres lorsque je repense à certaines situations. Il m’arrive de fermer les yeux et de souffler pour retrouver certains états d’esprit, la plénitude, le calme et la confiance.

Et puis une chanson. Des centaines de chansons en fait.

(Read this post in English!)

Lake Wakatipu – Glenorchy

Je n’en parle que très peu finalement. Certaines personnes sont curieuses et me posent pleins de questions sur la Nouvelle Zélande, le Japon, Bali ou Singapour. J’y réponds à chaque fois avec joie, contente de ce que j’y ai appris, de ce que j’y ai vu. D’autres ne me demandent rien. Qu’ils aient lu mon blog ou pas en fait. Ils sont simplement contents que je sois là –du moins j’espère.

J’ai du mal à aborder le sujet de moi-même. De peur de saouler mon auditoire, parce qu’une fois lancée je ne pourrais peut être pas m’arrêter. Mais aussi parce que finalement, ce voyage c’est un peu mon jardin secret. Oui bon d’accord, j’ai (plus ou moins) tout raconté en ligne, ici. Mais cette aventure elle m’appartient si pleinement, à moi, rien qu’à moi, que j’ai peur de la laisser s’échapper. C’est ma boîte aux trésors. Serait-ce ce que j’ai de plus précieux ?

Marae – Rotorua

J’ai eu beau retrouver mes affaires, à la minute où j’ai ouvert la porte de mon box de stockage je voulais tout vendre –sauf mes bouquins, évidemment, on se refait pas. Tous ces vêtements, deux-trois meubles, du bric-à-brac de cuisine, même de la papeterie… Mais à quoi cela pourrait-il bien me servir ? Je vis plus dans ce monde-là.

De retour en France, il faut que je m’adapte. Les questions viennent en foule. Tout à coup, ce qui me paraissait si clair alors que je baroudais d’un bout à l’autre d’un pays si loin de ma terre natale est devenu flou, bancal, voire flippant. On parle de retour à la réalité. Mais non. Ce que j’ai vécu était bien réel, je les ai foulés ces chemins, j’ai déposé mes pieds nus dans toutes les eaux que j’ai pu rencontrer, j’ai touché ces arbres géants, j’ai ressenti… J’ai tellement ressenti. Pour être honnête, cette année m’a semblée plus réelle que tout ce que j’ai vécu jusqu’à présent, plus intense, plus vivace. Il ne s’agit pas d’un retour à la réalité. Mais d’un retour à la folie.

J’y retrouve mes vieilles angoisses et mes vieilles peurs. Mon vieux moi. Cette enfant inquiète, peureuse et peu sûre d’elle. Mais comment faire autrement lorsque mon pays est en révolution, en état d’urgence, en alerte terroriste ? Comment passer outre les conversations sur la retraite, la carrière, l’argent, les prêts immobiliers ? Comment ne pas se vriller la tête lorsque le monde est devenu fou ?

Silver Fern – Whangarei

En Nouvelle Zélande, les voyageurs sont légion. Randonneurs, roadtrippeurs, campeurs, autostoppeurs, fruitpickers, backpackers, helpers, woofers sont la norme. Il y en a partout. Dans mon pays, je ne rentre plus dans aucune case. On me demande ce que je fais dans la vie. Je ne sais même pas quoi répondre. Souvent j’éclate de rire, et j’explique. Finalement je continue de m’accrocher au seul job que j’ai pleinement aimé. Oui, avant j’étais libraire. Mais depuis, j’ai été agent de voyage, baroudeuse-autostoppeuse-randonneuse, j’ai été femme de ménage, plongeuse dans un restaurant, vendeuse de bananes. J’ai fait du jardinage, j’ai planté des graines, coupé du saumon fumé, bossé dans une ancienne prison. Qu’est-ce que je fais dans la vie ? Well. J’explore. J’essaie. Pour sûr que ça paie pas bien, que je cumule pas de points retraite, et que j’ai abandonné le confort d’un lit deux places. Mon CV est atypique, paraît-il, selon la nana de chez Adecco.

Quand j’ai un moment de blues, j’y repense. Quand je doute parce que peut être que c’est ça la vie, hein, investir dans un appartement minuscule, le meubler avec goût chez Ikea, me démerder pour trouver un amant qui voudra bien rester et m’accompagner dans mon devoir de devenir maman avant 35 ans parce qu’après mes ovules seront toutes flétries, me trouver un job d’avenir qui me fera évoluer professionnellement et me donnera une retraite confortable, parce que faut y penser quand même, à la vieillesse, il paraît que ça arrive plus vite qu’on ne le pense, partir en vacances à la mer une ou deux fois par an pour souffler parce que travailler c’est fatiguant. Peut-être que c’est ça la vie. Peut-être que je fais un caprice d’adulescente et que je n’ai rien compris. Quand j’y pense, que je doute, que je m’interroge, je m’accroche au vent dans mes cheveux en bord de mer, à mes sourires en coin sur les crêtes, à mes danses solitaires nocturnes. J’ouvre ma boîte aux trésors et j’en ressors un, deux, trois souvenirs brillants. Je me rappelle que c’est ça que je veux, que je veux vraiment. Que ce sont les expériences, les aventures, les rencontres inattendues qui me filent des étoiles dans les yeux.

Il y avait ce jeune Canadien qui disait que j’étais « wild and free », libre et sauvage. Etait-ce parce que je l’avais fait se rouler dans les feuilles mortes après notre aventure de Geocaching nocturne dans un parc de Christchurch ? Wild and free. Je n’aurais jamais pensé associer ces deux mots à ma pauvre personne, et désormais c’est devenu mon objectif, mon motto.

Yellow Eyed Penguin – Moeraki

J’ai ouvert la boîte de Pandore du voyageur. Une nouvelle ère a commencé.

La Nouvelle Zélande c’est fini, mais l’aventure ne fait que commencer, non ?


UN AN DE BAROUDES EN NOUVELLE ZELANDE – ET RENTRER “A LA MAISON”
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3 thoughts on “UN AN DE BAROUDES EN NOUVELLE ZELANDE – ET RENTRER “A LA MAISON”

  • 9 September 2016 at 9 h 58 min
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    Ah la la ma chérie, comme je te comprends et comme je sais ce que tu traverses.
    On en revient pas indemne d’un tel voyage, einh ?! On change, on se redécouvre, on s’exprime, on grandit et revenir c’est violent, dur et on retrouve vite ses vieilles peurs, comme tu le dis.
    Mais cette belle personne, forte et confiante, elle est là et bien là, elle attend que tu reprennes ton sac à dos pour aller explorer d’autres contrées.
    Et je suis sûre qu’elle le fera. 😀
    Parole de vieille baroudeuse, pas casée, aux ovaires bientôt flétrie, qui a lâché un CDI pour partir en vadrouille à l’autre bout du monde et qui ne sait pas non plus de quoi son avenir sera fait, mais il sera de toute façon hors des cases des “”standards” :p

    ps: je t’aime !! <3

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    • 19 September 2016 at 2 h 47 min
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      Je t’aime aussi <3
      (Et mon sac à dos me démande, j'ai des fourmis dans les jambes!)

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  • 24 September 2016 at 23 h 53 min
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    Waou! mais… WAOU!

    Aprés 8 mois de WHV en Australie je suis moi aussi revenue d’une expérience un peu similaire.. on a pas vécu les mêmes choses, vues les mêmes paysages, rencontré les mêmes gens, travaillé aux mêmes endroits et pourtant..
    pourtant tu as décrit exactement ce que j’ai cru être seule à ressentir.. Merci Merci Merciiii car ça fait du bien!
    Je n’ai pas eu ton courage d’en parler, je l’ai un peu avec certains amis qui m’entourent et qui ont vécu une expérience à l’étranger mais de savoir que cet état est ressentit par énormément de voyageur au retour, hé bien ça fait un bien fou!
    Continu d’écrire pour raconter car tu le fais aussi pour ceux qui osent pas ^^!

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