Routeburn Track ou comment j’ai randonné mon chemin jusqu’à l’aéroport de Queenstown.

Le Routeburn Track m’a tuée.

Ou comment aller de Te Anau à Queenstown à pieds.

Ce matin-là, avec Andreas (oui, souvenez-vous, c’est lui !) on quitte Te Anau de bonne heure pour randonner le Routeburn Track. Mon plan est un peu bancal je l’avoue… Mon avion part de Queenstown pour Denpasar le 27 mars (dans 4 jours) et je me dis que ce serait vachement plus cool d’y aller en randonnant que de faire du stop ou de prendre le bus. Comme j’ai sur-kiffé le Kepler Track, je suis toute enthousiaste à l’idée de faire une autre Great Walk. Seulement, voilà, la Hut au milieu du track, au Lake MacKenzie est complète pour les mois à venir. Andreas me dit qu’on a qu’à (presque) tout randonner d’un coup et booker la dernière Hut, Routeburn Flats.

23 km en une journée c’est tout à fait faisable. Ça devrait prendre moins de 10h. Bon. Sur le Kepler j’ai enchaîné du 16km en une journée, donc les 23km ils me font pas (trop) peur. Bon. C’est parti, mon kiki.

Seulement, voilà…

(Read this post in English, baby!)


BALI JOUR – 4 : (TE ANAU -) THE DIVIDE – ROUTEBURN FLATS (23km)

Carrot cake d’anniversaire pour Raùl & notre pancarte d’auto stop!

Il n’y avait plus de place dans la navette de 7h du matin pouvant nous emmener à The Divide (environ 1h30 de Te Anau, sur la Milford Road, point de départ du Key Summit) du coup on se dit qu’on a qu’à faire du stop. Sauf que, on a  beau danser, là, sous le ciel gris, les gens ils s’arrêtent pas, ils veulent pas de nous. Je booke alors la prochaine navette, mais ça va nous faire arriver bien tard à The Divide ces conneries. Bien tard pour une marche de 10h. Et comme l’hiver arrive, les jours raccourcissent (oui, toi, en France tu vois les fleurs qui éclosent, moi je vois que je me pèle déjà le cul). Donc, on arrive à 11h, moi je commence déjà à sentir le roussi, mais j’y vais quand même gaiement, et puis j’ai mon précieux bâton avec moi, il peut rien m’arriver.

Earland Falls

Ce qu’on avait pas prévu par contre, c’est la pluie. Non, mais on savait qu’il pleuvrait. Un peu. Mais on avait pas prévu la pluie dense, intense, continue, pendant nos 10 heures de marche. Si toi, petit baroudeur en carton, tu me lis et tu prévois une Great Walk ou une rando de plusieurs jours… Check le temps qu’il fera avant, et sois BIEN préparé mon kiki, parce que là, je me suis mise en mode survie. Je me suis rendue compte d’une chose, c’est qu’au bout du compte, tu n’as qu’un choix, avancer. Même s’il pleut tellement que le chemin est un torrent, que tes chaussures sont littéralement noyées (y’avait bien marqué waterproof sur l’étiquette, pourtant), et je parle même pas de tes fringues. Tu dois faire attention à chaque pas sous peine de glisser et de dévaler la montagne, parce que oui, tu randonnes sur des putains de crêtes, le vide est juste là, pas très loin.

Comme je suis lente sur les montées, Andreas commence à porter mon backpack en plus du sien… Il me met un peu la pression à dire ‘il faudrait qu’on aille légèrement plus vite si on veut arriver avant la nuit’. Et moi, plus j’ai la pression, plus je trébuche. J’essaie de me détendre. Lors d’une éclaircie, Andreas se met à chanter. Il m’apprend une chanson, qu’on chantera en canon plusieurs kilomètres. Voilà. Il a trouvé comment me détendre.

« I like the flowers. I like the daffodils. I like the mountains. I like the rolling hills. I like the fire side when the lights are low. Boom deeh ah, boom deeh ah dah. »

“I like the flowers, I like the daffodils…”

La pluie fait que nous voyons très peu le paysage, c’est brumeux. On entrevoit tout de même ce que ça aurait pu être par beau temps, et franchement, ça envoie du rêve. La poisse puissance mille, c’est que mon appareil photo a décidé de mourir. Temporairement, certes, à cause de la pluie, du sable, de la brume, des cascades, des chocs, bref, mon appareil a pris cher depuis que je suis partie. Il veut plus s’ouvrir. Il reviendra timidement à la vie le lendemain matin. Du coup, j’ai peu d’images de mon épopée, et ça me fait bien chier.

Wow

Quand on arrive au Harris Saddle Shelter, on en peut plus, littéralement. On est trempés jusqu’aux os. On s’abrite quelques instants et nous rencontrons 3 français en pause, l’un fait le même chemin que nous, jusqu’au dernier camping, les deux autres ont décidé de passer la nuit dans l’abri, même si c’est interdit, parce qu’ils prévoyaient de faire le track en entier aujourd’hui. D’ailleurs sur le chemin, on a rencontré pleins d’autres ‘freaks’ comme nous qui ont eu la bonne idée de randonner tout le track en une journée. Certains étaient même préparés à randonner de nuit, en short, parce que finalement comme il pleut des cordes, autant se mettre bien. Avec Andreas, on se sent moins fous (et moins cons) du coup.

Trempée, mouillée

On atteint Routeburn Flats dans la nuit (et là j’me rends bien compte que ma lampe frontale c’est un peu de la m**de pour éclairer dans la forêt dans la nuit noire), vers 21h. On aura marché 10h, en faisant deux pauses, une pour déjeuner au Lake MacKenzie, une dans le Harris Saddle Shelter. On dégouline, mais le feu brûle dans la cheminée et les autres randonneurs sont accueillants. Soulagement intense. On finit la nuit à jouer aux cartes et à manger des bonnes noodles bien chaudes.

Lorsque je me glisse dans mon sac de couchage bien au chaud et au sec cette nuit-là, mon corps tout endoulori et meurtri, j’ai toujours du mal à réaliser que j’y suis arrivée. Je n’arrive pas à croire que j’ai survécu à cette journée. Pour la majorité des gens, ce n’est pas grand chose finalement de randonner aussi longtemps même sous la pluie. Ils sont habitué à randonner quelque soit le temps. Par contre pour moi, c’est un sacré pas de géant. J’ai jamais fait quelque chose de semblable. J’me sens courageuse, et surtout j’ai l’impression que je peux survivre à tout. Et aussi gnangnan que ça pourrait sonner, la vie c’est un peu comme une rando, hein? Il faut juste avancer, mettre un pied devant l’autre. Et à l’arrivée il y a un feu bien chaud qui brûle dans la cheminée.


BALI JOUR – 3 : ROUTEBURN FLATS – GLENORCHY (KINLOCH LODGE)

Routeburn Flats

Ce matin, la vue est dégagée et le soleil brille. Les Kea s’amusent devant la Hut, ils essaient de rentrer dedans pour piquer la bouffe. La dernière partie du track est superbe. On arrive à la fin en deux heures environ. Comme on est vraiment partis à l’arrache, on a aucune idée de comment atteindre le Kinloch Lodge, qui se situe à une vingtaine de kilomètres de là. On marche en faisant du stop.

Un couple de kiwis retraités s’arrête avec leur van aménagé, ils nous racontent qu’ils ont économisé toute leur vie pour se payer le van, et faire le tour de la Nouvelle Zélande. Ils nous envoient du rêve. On voudrait les suivre et partager un peu de leur routine sur les routes. Ils nous déposent à Glenorchy, qui se trouve quand même loin du Kinloch mais on se dit qu’on aura qu’à prendre le Water Taxi qui traverse le lac Wakatipu. En demandant des infos sur le Water Taxi, on rencontre une des propriétaires du Kinloch Lodge qui se rend justement là-bas. Elle nous embarque. Si c’est pas de la serendipity, ça, je sais pas ce que c’est. C’est le karma qui s’inverse après notre journée de poisse du jour précédent.

Le ciel est fou

Le Kinloch Lodge se situe en bordure du lac, la vue est superbe. On apprécie le confort chaleureux de l’endroit, la bonne douche chaude, le jacuzzi avec vue sur les montagnes, les vins blanc, les pâtisseries et les éclats de rire des canadiens dans la cuisine. On y rencontre Tristan qui partage notre chambre, un américain qui bosse sur des bateaux en missions scientifiques. Il profite de la Nouvelle Zélande avant de se relancer dans une expédition de plusieurs mois dans le Pacifique. Il nous propose de nous emmener à Queenstown le lendemain, parfait !

Evidemment

Pendant le track, j’en rêvais de ce jacuzzi, de la détente, de l’euphorie qui suit la marche. La libération des endorphines. Quand le moment arrive, j’ai peine à y croire. Cette fois, on pourra vraiment dire que j’en ai chié.

Mais j’ai survécu.

Kinloch

BALI JOUR – 2 : KINLOCH LODGE – QUEENSTOWN – ARROWTOWN

Arrowtown

Tristan nous dépose, moi et Andreas à Queenstown. On se sépare tous les trois, Andreas rejoint un groupe d’amis de Dunedin pour un road trip sur la côte ouest. C’est toujours étrange de se séparer de quelqu’un sur la route, d’autant plus lorsqu’on a partagé une rando d’une telle intensité. Mec, on se reverra à Bâle, hein !

Ce que j’ai oublié de dire, c’est que je planifiais de faire du couchsurfing à Queenstown. Comme c’est le week end de Pâques, les logements abordables sont tous complets… J’avais une réponse positive, mais juste avant de partir, mon hôte à annulé. Du coup, je fais marcher mon imagination pour trouver où dormir pendant deux nuits. J’appelle Corbynn, une pote de Te Anau, j’avais rencontré son copain Sam pendant 10 minutes avant de partir et je sais qu’il habite Queenstown… Pourra-t-il m’héberger ? Il s’avère que oui ! Comme il est cuistot, il me dit de l’attendre chez lui vers 21h30, malheureusement sa maison est fermée à clef aujourd’hui.

Take a stroll on the wild side

Bon. J’ai qu’à aller me balader en attendant. La nana du DOC me conseille d’aller faire un tour à Arrowtown. Une petite ville à une heure de bus de Queenstown. Quand j’arrive, je tombe définitivement sous le charme ! Arrowtown est une ancienne ville minière, très populaire au XIXème lors de la ruée vers l’or. D’ailleurs, on peut toujours se balader dans ce qui était autrefois le Chinese Settlement, les chinois ayant émigré en Nouvelle Zélande à cette époque principalement pour l’or. Ils se cantonnaient dans des cabanes, restant entre eux car très souvent victimes de discriminations par les locaux. Le site est impressionnant et intéressant, et les couleurs de l’automne rendent l’endroit surréaliste.

Chinese Settlement

Une session de Geocaching m’emmène sur les bords de la rivière, puis dans l’ancienne prison de la ville. Comme je me plais bien ici, je rate forcément mon bus. Du coup, je fais du stop pour rentrer et je rencontre une prof de yoga. Arrivée chez Sam, je contemple les étoiles depuis son jardin. Il rentre du boulot avec son coloc Kane qui bosse avec lui, me prépare un thé au miel, s’installe sur la terrasse et ça commence à parler cuisine. Ils me sortent un carnet appartenant à un de leur collègue qui travaillait au Noma à Copenhague. Le Noma, quoi, un des restaurant les plus en vue de la planète. Je réalise à peine que je tiens dans les mains un trésor, avec quelques recettes, quelques herbes séchées collées par ci par là. L’ambiance qui règne là est incroyable. Ils sont en train de préparer les menus du week end de Pâques qui sera busy. Je suis encore une fois soufflée par l’hospitalité kiwi… Sam me connaît à peine en fait, il m’héberge sans broncher, me prépare un thé, me met à l’aise, me dit de me servir dans son frigo et me propose même les clés de sa bagnole. J’ai le sourire jusqu’aux oreilles.

Geocaching dans la forêt

BALI JOUR -1 : QUEENSTOWN

Chez Sam

Rappelez-vous (dans cet article, ou encore celui-là!), à Napier, il y a 6 mois, je rencontrais Kim et Julien, deux français complètement déjantés. Kim a dû rentrer en France pour une urgence familiale, et j’apprends qu’elle vient tout juste de revenir en Nouvelle Zélande pour son anniversaire… Pas loin de Queenstown. Ils prévoient de faire une grosse fête dans un camping le soir-même. Ils s’arrangent pour que des amis français à eux m’hébergent sur Queenstown et m’offrent le trajet en voiture jusqu’au camping.

Du coup, ce matin-là, je quitte Frankton et la maison de Sam et Kane. J’enfile mon backpack et décide de me rendre à Queenstown à patte en longeant le lac. La balade est superbe, le temps fabuleux. J’arrive juste à temps en ville pour goûter au Fergburger en évitant la (trop longue) queue. La légende raconte que ce serait le meilleur burger du monde. Je commande le burger végétarien et je vais me poser sur la pelouse au bord du lac… Je me régale. C’est pas forcément le meilleur burger du monde (parce que c’est un peu dur de faire de la concurrence au Pied de Mammouth de Strasbourg hein), mais c’est quand même vachement délicieux.

Frankton – Queenstown

Je rejoins Mickael qui m’accueille à bras ouverts et m’embarque au camping. Sa copine Pauline nous rejoindra plus tard, après le boulot et on se rendra compte qu’elle travaille dans le même resto que… Sam et Kane. Au rayon des coïncidences de fou furieux, je demande celle-ci. On fait les fifous une bonne partie de soirée puis je m’endors sur le canapé convertible de Pauline et Mickael.

Camping

Finalement, quand tant de gens galèrent pour trouver un pieu où dormir à Queenstown, une succession de hasards heureux m’a amenée chez des gens formidables et incroyables de générosité. J’ai le cœur prêt à exploser. C’était pas si pire ce trajet Te Anau – Queenstown, hein (j’ai juste failli mourir 42 fois) ?

Kim <3

BALI JOUR J : Mais ça c’est une autre histoire…


Y ALLER :

ROUTEBURN TRACK, Fiordland National Park

KINLOCH LODGE, 862 Kinloch Rd, Glenorchy

ARROWTOWN, à 30 minutes en voiture de Queenstown

FRANKTON, 10 minutes en voiture de Queenstown

FERGBURGER, 42 Shotover St, Queenstown

Routeburn Track ou comment j’ai randonné mon chemin jusqu’à l’aéroport de Queenstown.
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