CULTURES SAUVAGES #4 -MON PREMIER NOUVEL AN CHINOIS À TAÏWAN



Cultures Sauvages c’est une émission de la Radio Eponyme, une radio locale Mulhousienne. L’émission s’est créée en 2017 et propose des interviews culturelles notamment autour de la musique et de la littérature. Depuis Octobre 2019, j’y fais tous les mois une petite chronique autour de mes baroudes accompagnée d’un dessin illustrant mes aventures.


(Read me in English, baby!)


L’émission du 12 janvier avait pour thème “Best Of 2019” et tu peux l’écouter dans son intégralité juste ici :

Cultures Sauvages Saison 3 #7 – Best of 2019


MON PREMIER NOUVEL AN CHINOIS À TAÏWAN



新年快樂 ! – Xīnnián kuàilè ! – Bonne année !

Lorsque je vivais à Taïwan, le Nouvel An Chinois avait eu lieu le 15 février 2018. On laissait l’année du coq s’envoler et on passait le relais à l’année du chien. Le Nouvel An Chinois est largement célébré dans le monde dans les communautés chinoises et asiatiques, principalement par les populations se référant au calendrier lunisolaire dont je vous parlais déjà dans mon article à propos de la Fête de la Mi-Automne.

Lors du Nouvel An, tous les Taïwanais ont droit à une semaine de congés pour aller voir leurs proches mais les festivités pour le Nouvel An durent au moins deux semaines. Ça commence avec la fête du printemps et ça se termine avec la fête des lanternes.


QUELQUES TRADITIONS DU NOUVEL AN



Alors que les rues de la ville de Hualien où je vivais ont vu fleurir des lanternes rouges dès décembre, il faut changer la décoration du World Inn, l’auberge où je fais du volontariat, dès début janvier. On accroche des lanternes et des cotillons, on change les banderoles rouges sur la porte annonçant le printemps et l’année du chien.

Cette année c’est le père d’Agnès qui a peint les banderoles. Y sont souvent peint des souhaits, des caractères signifiant la chance, la longévité, le bonheur, mais aussi le printemps (春 – chūn). D’ailleurs, le caractère du bonheur, 福 – fú, est souvent écrit à l’envers, parce qu’un bonheur renversé (littéralement 福倒 – fúdào) est homophone d’un bonheur arrivé (福到 – aussi prononcé fúdào) !

On remplit de petits lingots en plastique dorés avec des bonbons et autres douceurs. Ces derniers sont appelés yuánbǎo (元寶). Souvent en forme de petits bateaux, ces lingots étaient utilisés comme monnaie en Chine antique et sont devenus de nos jours symboles de chance et de richesse. On remplit souvent les yuánbǎo de pièces en chocolat d’ailleurs ! Toutes ces préparations ainsi que le grand ménage de la maison sont appelées « nettoyage de printemps », puisque le Nouvel An Chinois annonce aussi la fête du printemps (春節 – Chūnjié).



UN RÉVEILLON TAÏWANAIS EN FAMILLE



Le jour du réveillon, les familles se réunissent et ça cuisine sévère toute la journée, en vue de l’important dîner. Notre World Inn Family est invitée chez Hugo et ses parents, et nous cuisinons tous quelque chose de traditionnel à emmener chez eux (j’ai des quiches végétariennes, de la mousse au chocolat et du vin chaud !)

Le dîner se passe autour d’une table ronde, remplie d’une multitude de plats – honnêtement, ça ressemble pas mal à un Noël en Europe cette histoire ! Chacun pioche ce qu’il veut dans les différents plats, on m’a placée du bon côté de la table, j’ai tous les légumes devant moi.

Au centre trône un gros poisson : manger un poisson entier pour le Nouvel An est synonyme d’abondance et de prospérité, puisque le mot poisson (魚- yú) est homophone de surplus (餘 – yú), donc avoir des restes de poisson lors du dîner veut aussi dire que l’on aura un surplus d’argent… D’ailleurs, il y a toute une symbolique de la bouffe pour le Nouvel An : le raisin est synonyme de richesse, fertilité et harmonie familiale, les oranges représentent la chance, notamment financière, les légumes verts en général symbolisent les liens familiaux et les crevettes sont un symbole de bonheur.


Dans la salle à manger, on trouve plusieurs photos de son père dans différents endroits ainsi qu’une grande carte du monde avec un nombre incroyable de punaises : ce sont les pays qu’il a visité. On s’émerveille, parce que quand même il y a l’Antarctique, les îles Galapagos, et même plusieurs pays d’Afrique – en tout il a voyagé dans plus de 80 pays ! C’est lui aussi qui nous prépare le thé, à la fin du repas, à la manière traditionnelle Taïwanaise.



Alors que l’on arrange la table pour le dessert, avec ma mousse, le vin chaud, des oranges et des raisins, le père de Hugo nous distribue à tous une enveloppe rouge (紅包 – hóngbāo). Una, mon hôte, nous a bien préparés, on le remercie chaleureusement avec les phrases que nous avons apprises :

恭喜發財 – Gōngxǐ fācái – Où l’on souhaite beaucoup d’argent

身體健康 – Shēntǐ jiànkāng – Où l’on souhaite la santé

萬事如意 – Wànshì rúyì – Où l’on souhaite que tout se passe pour le mieux

C’est la deuxième enveloppe rouge de ma vie – j’en ai reçue une première quelques semaines auparavant de la part des parents de la jeune Serena à qui je donne des cours d’Anglais. Ces enveloppes rouges contiennent de l’argent et sont données par les aînés aux plus jeunes lors du Nouvel An. Elles sont un symbole de chance, et Una me dit que dans la tradition il faudrait la glisser sous son oreiller pendant un an pour être encore plus riche !



Après le repas et mille mercis, c’est l’heure des jeux à gratter. Ces jeux ainsi que le loto sont très très célèbres à Taïwan, et on trouve les boutiques jaunes de loto un peu partout. Et lors de la période du Nouvel An, il est de coutume de jouer à des jeux d’argent, puisqu’on est bardé de chance… ou pas ! J’ai acheté un adorable ticket à gratter en forme de chien, mais malheureusement je n’ai rien gagné – pas même de quoi acheter un autre ticket. Pour la chance en argent, on repassera !

Ensuite, c’est l’heure des feux d’artifice ! On est en Asie tout de même, alors ici c’est un sacré truc. Déjà, tu peux acheter toutes sortes de feux d’artifice tranquille dans la rue ou au supermarché, et quand je dis toutes sortes, y’en a vraiment des ÉNORMES. Oui, ici c’est bien plus dingue qu’en Allemagne ! Je suis un peu choquée de voir à quel point c’est accessible et j’espère que mes hôtes ont conscience des règles de sécurité : j’ai pas envie de repartir de Taïwan avec un œil ou un bras en moins. On repart avec un sachet plein, et on va s’amuser au bord de l’eau. Les feux d’artifice sont sensés effrayer les démons et réveiller les bonnes déités en Asie, c’est pour cela que chaque fête est célébrée avec beaucoup d’effusion de pétards et de feux d’artifices.



Le ciel s’illuminait de partout, rempli de couleurs, de fumée et de musique. Ce qu’elle était belle cette nuit-là ! C’était mon premier réveillon traditionnel Chinois, et j’étais toute impatiente des quinze jours de célébrations à venir, et surtout de ma traversée de l’île d’Est en Ouest à travers les montagnes…


ROAD TRIP DANS LES MONTAGNES, NOIX DE BÉTEL & TĀNGYUÁN



Parce que oui, dès le lendemain, le 16 février, jour du Nouvel An, je prends la route comme des milliers de Taïwanais avec mon « partner in crime », mon amoureux. Avant qu’il ne quitte l’île et mes bras chauds, je l’emmène voir quelques merveilles Taïwanaises dans les montagnes. Nous traversons l’île d’Est en Ouest, de Hualien à Longtan, près de Taoyuan pour fêter Nouvel An à coup de feux d’artifices au bord du lac avec mon amie Vita.

Ce jour-là, nous passons la journée sur la Route 7, celle qui traverse Taïwan d’Est en Ouest, de Luodong à Daxi. On croise les premiers cerisiers en fleurs, témoins du printemps qui s’installe. On en prend pleins les yeux dans la forêt et les montagnes. On traverse les vieilles rues de Daxi pleines à craquer de monde et de bouffe pour cette soirée de Nouvel An, et on arrive chez mon amie Vita, épuisés.



Mais voilà, c’est Nouvel An, et comme à son habitude, elle héberge deux Couchsurfeurs allemands qui vivent en Chine et viennent vivre une belle expérience de Nouvel An chez des locaux. On sort avec des pétards pleins les poches direction le Lac de Longtan et son temple sur l’eau pour aller faire des étincelles. On s’y amuse une bonne partie de la nuit, et on s’arrête même en chemin pour tester nos premières noix de bétel.



Pour info, les noix de bétel proviennent d’une sorte de palmier que l’on trouve partout à Taïwan. Combinées avec de la feuille de bétel et de la chaux, ces fameuses noix ont un effet euphorique et énergisant. Beaucoup de Taïwanais, notamment les routiers et les chauffeurs de taxi, chiquent ces fameuses noix de bétel, avec un gobelet à proximité. Parce que oui, la noix de bétel fait saliver, beaucoup, un genre de liquide rougeâtre qui, à terme, teinte aussi les dents. La substance est dangereuse si consommée régulièrement, et provoque cancers de la gorge et de l’œsophage. Bon, honnêtement, j’ai trouvé ça dégueulasse, tant au goût qu’au mâchage, mais l’expérience valait le coup, surtout que j’ai pu regarder de près le vendeur préparer ses petites noix.



De retour à la maison, je demande à Vita où est sa maman, « Elle passe la nuit chez ses copines à jouer au Mah Jong ! » En voilà, une autre tradition du Nouvel An : jouer au MahJong, surtout pour de l’argent. Il paraît que la maman de Vita est plutôt douée d’ailleurs ! Le lendemain, pas moyen de savoir si elle a gagné mais elle nous réveille avec un déjeuner du tonnerre ! Comme d’habitude il y a beaucoup trop de plats délicieux sur la table et notamment des beignets traditionnels Hakka végétariens de couleur rose.



Après notre séjour chez Vita, les montagnes nous appellent à nouveau, et surtout le fameux sommet Hehuanshan (合歡山) qui culmine à 3 416m d’altitude ! Nous empruntons la Route 14, celle qui relie Puli à l’Ouest jusqu’au Parc National de Taroko à l’Est. Cette route et ses merveilles m’ont à nouveau conquise, malgré le froid, la neige, et le mal de l’altitude, j’en ai pris pleins les yeux ce jour-là !


15 jours plus tard, les festivités s’arrêtent avec la fête des lanternes et la dégustation des tāngyuán (湯圓), des boulettes de riz gluant cuisinées dans une eau sucrée. Consommées à Nouvel An, elles prennent le nom de yuánxiāo (元宵)et sont fourrées de poudre de sésame, de cacahuète ou encore d’haricot rouge. En gros il s’agit d’une soupe de mochi, et tu te doutes bien que c’est rapidement devenu un de mes desserts préféré !



Je me suis toujours plu à décrire les fêtes de Noël alsaciennes comme LA fête ultime en termes de décorations, de traditions mais aussi en longueur : 3 jours à bouffer non-stop, c’est quand même un sacré exploit !

Jusqu’à ce que je découvre le Nouvel An Chinois et ses deux semaines de fêtes, de traditions, et de repas ! Cela reste un souvenir précieux pour moi, d’avoir pu partager ce Nouvel An avec des familles Taïwanaises et d’avoir été invitée à leur table. J’ai pris beaucoup de plaisir à déambuler dans les rues des villes parées pour l’occasion, grouillantes de familles en vadrouille, explosant de feux d’artifices la nuit tombée.


En cette année 2020, le Nouvel An Chinois commence le 25 janvier et l’année du cochon laissera place à l’année du rat (鼠 – shǔ), le premier des signes du zodiaque chinois. Ce sera apparemment une année favorable aux économies, aux projets et à la littérature, alors à vos manuscrits les amis et bonne année !


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