LA FEERIE DE NOEL A STRASBOURG



J’en repars et j’y reviens sans cesse. Strasbourg m’éblouit, m’ennuie, me transporte. C’est la ville que j’ai choisie pour m’établir il y a 8 ans, et entre amour inconditionnel et désir incontrôlé de la quitter, il n’y a pas à dire, j’ai cette ville dans la peau.

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Strasbourg, capitale de Noël

A Strasbourg, c’est l’Histoire qui s’écrit sous tes yeux ébahis. D’Argentoratum à Strossburi, visiter Strasbourg c’est se prendre une succession de siècles d’aventures et d’architectures dans la gueule. Et au cœur de la ville, se dresse fièrement, imperturbable, la Cathédrale Notre Dame de Strasbourg, qui a célébré l’an passé le millénaire du début de sa construction. Oui mon cher, ma Cathédrale a mille ans. Victor Hugo la qualifiait de ‘prodige du gigantesque et du délicat’ (Le Rhin, 1839), et c’est effectivement ce sentiment qui domine à chaque fois que je croise son chemin. Et depuis 8 ans, je ne m’en lasse pas. Il aura fallu presque 500 ans pour venir à bout de sa construction. Et c’est pour cela que l’on dénote tellement de courants différents dans son architecture. Gothique, romantique, romane, chaque recoin est un plaisir des yeux, un témoin d’Histoire.

La Cathédrale Notre Dame de Strasbourg © Florent Gasset

Mais la plus célèbre particularité de Strasbourg, c’est sans conteste son marché de Noël, ou plutôt SES marchés de Noël, dont la tradition remonte au XVIème siècle. Pour le coup, le marché de Noël de Strasbourg en est, en 2016, à sa 446ème édition. Si tu fais le calcul, ça remonte à l’an 1570, rien que ça. Avant Strasbourg, l’Autriche et l’Allemagne possédaient déjà cette tradition, sous l’appellation de ‘Marché de la St Nicolas’ et se tenaient traditionnellement le 6 décembre. Plus tard, il a été renommé ‘Christkindlmarkt’ (‘Christkindelsmärik’ en Alsacien – ‘Marché de l’Enfant Christ’) sous la Réfome protestante qui luttait contre le culte des Saints et préconisait un retour aux sources du christianisme.

Stand de ‘Bredele’ © Florent Gasset

Mais qui c’est ce Saint Nicolas ? En Alsace, et dans d’autres pays d’Europe comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Pologne, on fête la St Nicolas le 6 décembre ou la veille au soir. Ce personnage est inspiré de Nicolas de Myre, un évêque du IIIème-IVème siècle. Il fit plusieurs apparitions divines après sa mort, ce qui lui valut d’être canonisé. Il est entre autres, le protecteur des enfants, des écoliers, des marins et des célibataires masculins (pour les femmes, il faut voir avec Ste Catherine.) Dans la culture populaire alsacienne, la tradition veut que St Nicolas distribue des friandises, du pain d’épice et des oranges aux enfants sages.

Saint Nicolas

La légende raconte qu’en Lorraine, trois enfants perdus demandèrent l’hospitalité au boucher Peter Lenoir. Ce dernier accepta, mais aussitôt la porte refermée, tua les enfants, les découpa en morceaux et les jeta au saloir, un mec super sympa ce Peter, tu trouves pas ? Saint Nicolas qui passait par là avec son âne, comme par hasard, frappa à son tour à la porte du boucher qui n’osa pas refuser l’hospitalité à un évêque. Lorsque Saint Nicolas lui demanda du petit salé, le boucher comprit qu’il était pris au piège et avoua son méfait. Saint Nicolas déploya alors ses trois doigts au-dessus du tonneau de saloir et ressuscita les trois enfants. Pouf. Il embarqua avec lui le boucher pour le punir, et celui-ci devint le Père Fouettard (‘Hans Trapp’ en Alsacien), vêtu de noir, qui menace les enfants turbulents de son martinet. ‘Hans Trapp’ trouve sa source dans d’autres légendes encore, inspirées par un personnage réel apparemment amateur de chair humaine. La légende de St Nicolas est à l’origine de celle du Père Noël, puisque les Néerlandais exportèrent cette fête à New York au XVIIème siècle, où ‘Sinterclaes’ devint ‘Santa Claus’ (et oui, y’a pas que Coca Cola dans cette histoire de Père Noël !) Et il est plutôt facile de reconnaitre qu’ils ont la même allure : un vieux monsieur avec une barbe blanche, un costume rouge et blanc et un bonnet, qui distribue des cadeaux aux enfants.

Mannele avec des têtes en chocolat.

En Alsace, pour la St Nicolas, le dîner se transforme en petit déjeuner, où l’on mange des ‘Mannala’ (dans le Haut-Rhin) ou ‘Mannele’ (dans le Bas-Rhin.) Ce sont de petites brioches en forme de petits bonhommes, que l’on accompagne de chocolat de chaud ou de café, de confiture, et de clémentines. Les brioches représentent St Nicolas ou les trois enfants qu’il a sauvé du boucher. On peut aussi manger des ‘Schnackle’ (dans le Haut Rhin) ou ‘Schnekerle’ (dans le Bas Rhin), ce sont des brioches en forme d’escargot. Les brioches en forme d’animaux sont une tradition plus ancienne, semble-t-il, et permettaient d’éloigner les mauvais esprits de l’hiver.

Devant la Cathédrale.

A Strasbourg, comme partout ailleurs en Alsace, les marchés de Noël ont connu un regain d’intérêt touristique, et la ville de Strasbourg met le paquet depuis les années 1990 en s’autoproclamant carrément ‘Capitale de Noël’. Le marché de Noël qui se tenait originellement Place Broglie, s’étend, jusqu’à donner naissance à de multiples autres petits marchés de Noël devant la Cathédrale, Place d’Austerlitz, au cœur de la Petite France et même devant la Gare Centrale.

Les allées du Carré d’Or

On y trouve des spécialités de la région, c’est-à-dire beaucoup de bouffe alsacienne, mais aussi beaucoup de vin chaud (parfois même rallongé d’une rasade de Rhum pour bien te réchauffer le cerveau !) Il y a beaucoup d’artisanat local, mais aussi moins local (made in China, ça fait pas très Alsacien hein ?) Mais le plaisir c’est surtout de déambuler dans les petites ruelles éclairées et décorées du Carré d’Or, de s’arrêter se réchauffer les mains avec un verre de vin chaud en bonne compagnie Place Broglie et d’y goûter les échantillons gratuits de ‘bredele’, ces petits sablés de Noël qui sentent bon la cannelle. Quand les touristes ne grouillent pas, l’ambiance est féérique dans les rues de Strasbourg. Et tout spécialement lorsque tu te retrouves face à la Cathédrale illuminée, dont le sommet de la tour s’engouffre dans le brouillard hivernal.

Vin chaud avec Flo & Soya © Soya

Sur la place Kléber, chaque année il y a ce grand sapin (27 mètres et 8 tonnes cette année, importé tout droit des Vosges), décoré plus ou moins avec attention, avec plus ou moins de goût. Chaque année, les Strasbourgeois débattent de sa décoration, de sa grandeur. On devient critique, hein, à force de voir défiler des sapins grandioses tous les ans. D’ailleurs, les premiers arbres de Noël à avoir vu le jour en France étaient Alsaciens –quand bien même l’Alsace faisait partie de l’Empire Germanique à cette époque. Mais c’est au XIXème siècle que l’Alsace exporte sa tradition dans le reste de la France, lors de l’exil des Alsaciens lors de la Guerre Franco-Allemande de 1870. Comme tu le vois, l’esprit de Noël, c’est un sacré truc en Alsace.

Le Sapin de Noël Place Kléber

L’an passé, en 2015, suite aux attentats de novembre à Paris, la 445ème édition a failli ne pas avoir lieu. Il a été maintenu depuis, mais clairement réduit au périmètre de la vieille ville. C’en est fini de la patinoire Place de l’Etoile, des bredeles Place d’Austerlitz, et du verre de vin chaud juste en sortant de la gare. Le périmètre est entouré de checkpoints de sécurité, la gendarmerie, la police, les CRS, les militaires rodent, fusils à l’épaule, tasers à la hanche. Ils font tourner leurs grosses camionnettes à l’arrêt, polluant un peu plus l’air de la ville. Les visites de la Cathédrale sont limitées. Le charme et l’ambiance de Noël perdurent, mais il faut avouer qu’un peu de magie se perd dans cette effusion d’uniformes.

Les allées du Carré d’Or

C’est au travers des yeux de Couchsurfeurs que j’héberge que je redécouvre ma ville, et la richesse de la culture Alsacienne. Leurs yeux s’écarquillent, des sourires se dessinent devant toutes ces lumières. En Nouvelle-Zélande, sur mon île, cette ambiance de putain de conte de fées m’avait terriblement manqué.

Finalement, on joue les fine-bouches, on se plaint du flot touristique et des contrôles policiers qui nous empêchent d’aller tranquillement au travail, au Simply ou chez nos potes, mais au fond, y’a pas à dire, on la kiffe notre ville à Noël.


Y ALLER :

Les Marchés de Noël en Alsace ont lieu tous les ans à partir du dernier samedi de novembre jusqu’au 24 décembre inclus.

Strasbourg, via Flixbus, via la SNCF, via Blablacar

Le musée Alsacien, 23-25, quai Saint-Nicolas, Strasbourg

Le musée historique de la ville de Strasbourg, 2, rue du Vieux Marché aux Poissons, Strasbourg

Le musée de l’Œuvre Notre-Dame, 3, place du Château, Strasbourg

La communauté Couchsurfing à Strasbourg



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