LES TRAINS SONT FAITS POUR PLEURER


Je voulais plus de nature, je voulais plus d’aventures, et je m’étais décidée à quitter Taipei et partir pour l’Est de Taïwan. Mon plan, passer deux semaines à Hualien pour pouvoir explorer le Parc National de Taroko et les environs, puis faire doucement mon chemin vers le Sud.

Sauf que, toi-même tu sais, je suis plutôt nulle en ce qui concerne les plans.

(Read this post in English, baby!)

Les trains sont définitivement bien faits pour pleurer

Dans le train ce jour-là de mai, j’avais le cœur un peu lourd. Le soir d’avant j’avais rencontré une brochette de Français en PVT, en voyage ou en cours de Mandarin sur Taipei : les rires ont fusé et les connexions ont fait quelques étincelles. C’est toujours comme ça lorsque je dois m’évaporer : je trouve mille et une raisons de rester et prendre la poudre d’escampette demande un courage épuisant.

J’ai reçu un message ce jour-là, un message que je redoutais depuis quelques semaines. Tu vois, j’ai fait la connerie monumentale de tomber amoureuse avant de partir pour Taïwan. Je suis tombée. Amoureuse. Et le choc contre l’asphalte a été si violent et inattendu, que j’ai hésité à le prendre cet avion pour l’Asie. J’ai vraiment failli flancher. Mais comme toujours, j’ai tendance à placer mes idéaux au premier plan, quand bien même cela me tue un peu à l’intérieur. On s’est rien promis du coup, même si mon corps tremblant disait « promets-moi, moi j’te promettrais tout. » Mais les Océans qui séparent, tout ça, c’était évidemment pas raisonnable.

C’est que Hualien c’est foutrement beau.

Toujours est-il que cet homme-là, il est tombé amoureux de quelqu’un d’autre. Forcément. Quelqu’un qui n’est pas en train de vadrouiller à plus de 9 800 km. Quelqu’un qui n’est probablement pas en train de se perdre géographiquement pour mieux se trouver à l’intérieur. C’était normal, vraiment. C’est même d’une banalité à pleurer si on y pense – et c’est ce qui s’est passé d’ailleurs dans ce train-là : j’ai chialé.

J’ai chialé pour cet amour avorté avant même d’avoir eu sa chance. J’ai chialé pour cette magie si profonde, si inattendue qui m’a prise à la gorge les semaines précédant mon départ. J’ai chialé, parce que, merde mais qu’est-ce que je suis venue foutre là, justement, sur cette petite île où je suis même pas capable de lire un menu au restaurant. Cette petite île où je suis supposée vivre, travailler, aimer, pendant toute une année. Alors que là-bas, dans cette foutue ville au métro qui pue, y’avait un homme qui avait réussi à réveiller la magie des possibles. Bordel.

Faire du vélo à Hualien, ça calme les tristesses

Mais faut croire que Taïwan avait d’autres plans pour moi que de me laisser rejoindre ma petite cabane confortable de tristesse, parce qu’à Hualien j’ai trouvé ma maison. Avec une famille hétéroclite et cosmopolite dedans.

C’est fou ça, que tu puisses arriver dans un nouvel endroit, un peu perdue, avec de vieilles larmes séchées sur tes joues en sueur, bien décidée à trouver le premier espace clos pour chialer, chialer, chialer encore et te morfondre de tout ton saoul – c’est fou que dans cet état-là, tu puisses te trouver une famille de cœur et une maison du bonheur que tu pourras pas quitter sans te sentir comme si on t’arrachait un bout d’cœur.


C’était pas le plan, ça. Je devais me morfondre un gros coup, et continuer ma route autour de Taïwan.

Au lieu de ça, j’ai posé Monster le backpack dans un coin, et il n’a (presque) pas bougé pendant plus de trois mois. Ouais, t’as bien lu. Trois. Mois.

Je venais de passer la porte du World Inn.

World Inn Family

Y ALLER :

WORLD INN, No. 630, Ziqiang Road, Jian, Hualien County


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