LA CÔTE EST DE TAIWAN À VÉLO : HISTOIRE D’UNE CYCLISTE EN CARTON


Août 2015, à Paihia (Nouvelle Zélande).

L’hostel où je loge procure des vélos gratuitement. Je me dis que c’est l’occasion de découvrir la ville et la côte à bicyclette, comme dans la chanson. J’ai 28 ans et sans mentir je pense que ça fait bien 8 – 10 ans que j’ai plus mis les pieds sur des pédales.

C’est dur. Ça tire dans les jambes.

Mais j’avais oublié cette sensation si particulière, cette liberté et cette euphorie qui te prend quand tu pédales à fond les ballons et que t’as l’impression que tu pourrais t’envoler, carrément comme le gamin Elliott dans le film de Spielberg.

Il y a ce je-ne-sais-quoi qui manque terriblement à la conduite en voiture.

Je m’élance avec appréhension en cette fin d’après-midi rosée, retrouvant peu à peu des gestes et des réflexes que la légende veut que l’on n’oublie jamais.

Je retrouve tant bien que mal l’équilibre.

Et dire qu’à une époque je pouvais pédaler sans les mains.

(Read me in English, baby!)

(Lis mon guide pour visiter Taiwan à vélo!)


Ce petit tour de Paihia à vélo a signé les débuts d’une histoire d’amour à rebondissements : il était temps que je ré apprivoise la petite reine ! À Te Anau d’abord, pour aller travailler ou faire le tour du lac. À Strasbourg, évidemment, où grâce à la bienveillance d’un ami j’ai hérité d’un fabuleux vélo à rétropédalage que j’ai même emmené dans les chemins boueux de la forêt de la Robertsau.

Clairement, j’y prenais de plus en plus goût.

C’est là que je débarque à Taiwan… Taiwan, bordel, l’île des cyclistes. J’en avais aucune idée en arrivant d’ailleurs, que ce serait si simple de pédaler dans le coin. On peut littéralement louer des vélos partout, il y a des systèmes de location comme UBike dans les grandes villes, et pour le reste il y a le système de OBike. Beaucoup d’hostels offrent la location de vélo, et sinon louer un vélo à la journée pour pédaler dans les rizières de Chishang ou faire le tour de Lanyu coûte rarement plus de 300NT$. Sur l’île de XiaLiuqiu, t’es même encouragé à louer un vélo électrique pour un prix dérisoire !

La majorité des Taiwanais possède un vélo s’ils ne possèdent pas de scooter. Le vélo électrique est d’ailleurs largement généralisé (on croise les doigts pour que ce soit bientôt le cas du scooter électrique aussi !) et le pays possède de nombreuses pistes cyclables. J’avais déjà croisé des voyageurs à vélo, mais jamais autant que lors de mon séjour à Taiwan. C’est comme une coutume d’ailleurs : la plupart des Taiwanais font le tour de l’île à vélo à la fin de leurs études ; et les touristes ne sont pas en reste. Taiwan est vraiment ce que l’on appelle ‘bicycle friendly’.

Moi, là-dedans, je m’amusais de plus en plus avec mon vélo Hello Kitty à Hualien, avec cette idée de tour de Taiwan qui me démangeait de plus en plus. Il faut avouer que ça me faisait flipper, de partir sur les routes à vélo comme ça pendant plusieurs semaines : j’ai même jamais fait de randonnée de plus de 4 jours ! Alors j’ai trouvé un compromis avec moi-même : j’allais pédaler la côte Est de Taiwan. De Taitung à Hualien.

J’avais déjà exploré la côte Est et la East Rift Valley à d’autres occasions, de sorte que mon aventure à vélo était plus pour moi un défi physique (et mental il faut dire) qu’un voyage de découverte et de tourisme. Ce serait aussi l’occasion de me balader une dernière fois dans la région de Taiwan que je préfère.

Evidemment, en bonne débutante que je suis (en bonne vieille baroudeuse en carton je veux dire), je me suis trompée, j’ai eu mal (au cul surtout), je me suis retrouvée dans des endroits improbables, et … J’ai adoré ça. J’ai jamais eu envie de faire demi-tour, et encore plus incroyable, j’ai jamais eu envie de m’arrêter.

La prochaine fois, je rêverais ça en plus grand.


MON AVENTURE À VÉLO DANS LA EAST RIFT VALLEY PENDANT 4 JOURS

ou comment j’ai découvert l’utilité de la Vaseline et des gants de cyclisme

C’est parti Kiki!

 


JOUR UN : TAITUNG – CHISHANG – 60 km

Gare de Taitung

J’ai essayé de me réveiller tôt aujourd’hui (avant le lever du soleil), mais j’ai échoué monumentalement. En fin de compte, après avoir pris mon petit déjeuner, emballé mes affaires sur les deux sacs latéraux de mon nouveau bolide (avec peine – comme ce voyage à vélo n’était pas vraiment prévu, je trimballe des affaires un peu inutiles pour une telle expérience) et regardé attentivement la carte de mon itinéraire, il était déjà 7h00.

Je laisse l’hostel On My Way derrière moi avec un mélange déstabilisant d’appréhension, d’excitation et de reconnaissance pour mes quelques jours passés là bas. Il s’agit de la dernière étape de mon dernier roadtrip taiwanais, et j’ai déjà la nostalgie facile… Et puis quelle étape franchement! Pédaler 170 km par cette chaleur, faut juste être tarée.

Je commence à pédaler sur la route 45, j’ai vu un panneau qui indiquait les Liji Badlands, les « badlands » étant des paysages montagneux, argileux et ravinés, sur lesquels presque rien ne pousse. L’air est frais, le soleil du matin rend le paysage fantastique. Je pédale avec joie.  Une fois là-bas, je me rends compte qu’il faut marcher un peu pour se rendre aux « badlands ». Du parking, je peux voir des bouts de montagnes, mais je suis réticente à laisser mon vélo hors de vue, avec toutes mes affaires dedans (j’avoue, je me soucie beaucoup plus de mes journaux de voyage que de mes vêtements). Je prends quelques photos et décide de reprendre ma route.

Liji Badlands

C’est là que les choses commencent à être difficiles. La route 197 fait son chemin dans les collines, avec des montées donc. Bien que la profusion d’arbres me permette d’être à l’ombre, je suis déjà en sueur comme un cornet de glace à Florence au mois d’Août. Je galère à pédaler. À un moment, je m’arrête toutes les 3 minutes, vraiment. Mes jambes sont lancinantes de cet effort inhabituel. Mais quelle vue ! Surplombant la Beinan River, les champs agricoles, les petits villages.

Les papillons m’accompagnent sur la route et je passe devant quelques sanctuaires tao, qui diffusent des mantras en continu. Ces petits temples sont de parfaits endroits pour faire une pause : ils sont juste si paisibles, et on y trouve parfois des chaises et de l’eau potable. Les gens que je rencontre m’encouragent à coups de «加油! 加油!”  (“Jiāyóu ! Jiāyóu !” ce qui signifie “Allez! Allez !”-c’est une expression très commune à Taiwan dans pleins de contextes, qui se rapproche de notre « courage ! »). Leurs sourires me poussent à avancer.

J’atteins Luye autour de 10h30, et je me sens toute émue de m’arrêter au 7/11 du coin : je repense à ma nuit passée là-bas avec mon collègue Vincent lorsque nous sommes allés voir le Festival des montgolfières il y a presque un an déjà. La route 9 est beaucoup bruyante et passante : il y a beaucoup de camions. Donc je fais beaucoup de petits détours, notamment par la piste cyclable Yuemei – Guanshan qui suit un ancien tracé de voie ferrée dans les rizières.

Piste cyclable Yuemei – Guangshan

A Guanshan, je décide de continuer, malgré la chaleur et le soleil qui me crame les mains, pour aller explorer l’Aquapark (qui s’avère vide). Et puis vient cette route sans fin (la Route 29) au milieu des rizières, sans un pet d’ombre. Je me rends compte que je suis de plus en plus faible. Je n’ai presque plus d’eau. J’ai sauté le déjeuner. Mes mains me brûlent.

L’Aquapark de Guanshan

J’ai pas vraiment le choix en fait. Il faut que je continue, que je parcours les derniers 11km qui me séparent de la ville de Chishang, et ce petit café que j’avais tant apprécié quelques jours auparavant (j’ai visité Chishang pendant une journée lors de mon séjour à Taitung). Je pédale comme une dingue, je ne sais pas où je trouve cette force-là. Je sais juste qu’il faut que j’arrive à destination le plus vite possible avant que je m’évanouisse. Et puis les pensées de 1. M’asseoir, et 2. Déguster un bon thé glacé deviennent comme obsédantes.

J’Y SUIS ! Enfin j’arrive au café ‘Chishang Promenade’ ( 走走池上), où la propriétaire et son chat Didi m’accueillent avec un grand sourire, un délicieux thé glacé et un gâteau au chocolat qui fait instantanément remonter mon taux de sucre. BORDEL MERCI LE SUCRE ! Je me détends enfin après mes 60 km de folie. S’asseoir est un soulagement énorme pour mon fessier douloureux. Je prends vraiment conscience de la couleur de mes mains aussi : c’est du rouge-homard au menu. Cycliste en carton que je suis, j’ai oublié de les couvrir, que ce soit avec des vêtements ou de la crème solaire.

Chishang Promenade

D’un coup il se met à pleuvoir, mais violement, avec le tonnerre qui gronde à me faire sursauter devant mon thé ! On dirait que je vais passer la majeure partie de mon après-midi dans ce petit café : j’en profite pour avancer dans mon livre. L’accalmie survient enfin vers 17h, et lorsque je sors enfin du café, il y a un bel arc-en-ciel qui commence déjà à s’estomper.

La propriétaire du café m’a recommandé un hostel pas trop loin, le Gift Box hostel, où il y a deux chats et un chien qui m’accueillent alors que je fais le check-in. Les hôtes sont vraiment sympas, la dame me donne un peu de sa gelée d’Aloe Vera pour apaiser les rougeurs de mes mains. Elle me recommande un bon restaurant végétarien juste à côte, mais qui s’avère malheureusement fermé. Je retourne donc au restaurant de lunchbox (dinnerbox, donc, vu l’heure ?) puisque je sais qu’ils ont des options végétariennes. Je reviens assez tôt à l’auberge, avec de la Vaseline et du Baume du Tigre pour apaiser toutes les différentes sortes de douleurs/éruptions/brûlures dues à ma première journée passée à pédaler.

Lunchbox

Je suis à moitié endormie lorsque j’écris dans mon journal ce soir-là. Toute mon anxiété s’est envolée d’ailleurs, il n’y a rien à craindre. Comme pour les randonnées sur de longues distances, il n’y a qu’une seule direction vers laquelle aller : en avant.


LES DÉTOURS SUPER COOLS À FAIRE ENTRE TAITUNG & CHISHANG:

  • EXPLORER TAITUNG

Taitung, c’est la deuxième grande ville de la Côte Est, après Hualien. Comme à Hualien, la plage est à deux pas, et la montagne aussi. Taitung possède le charme indéniable des villes du sud en bord de mer : l’atmosphère y est plus détendue. Taitung, c’est aussi le point de départ idéal pour des excursions vers Kenting, à la pointe Sud de Taiwan, Dulan et la Côte Est, et les Îles de Lanyu et de Lüdao.

À Taitung même, il fait bon flâner à vélo au Taitung Forest Park, dans les marais, autour des lacs, dans le jardin de papillons. Il y a même une gigantesque piscine d’eau douce pour aller nager ou faire du kayak. L’endroit est un vrai paradis au soleil couchant.

  • LUYE & LE FESTIVAL DE MONTGOLFIÈRES

J’en parlais l’année dernière sur le blog: mon aventure au festival international de montgolfières de Luye qui se tient chaque été pendant un mois et demi sur les hauteurs de Luye, à Luye Gaotai. La région est aussi connue pour ses plantations et dégustation de thé!

Clique pour lire mon article sur Luye!
  • GUANSHAN & CHISHANG POUR PÉDALER DANS LES RIZIÈRES

Les villes de Guanshan et de Chishang sont toutes deux connues pour leurs rizières. Les rizières de Chishang sont plus touristiques que celles autour de Guanshan: disons qu’elles sont arrangées et décorées spécialement pour les touristes. J’ai beaucoup aimé les balades à vélo autour des deux rizières, mais pour sûr il y a bien plus d’endroits “instagrammables” (comprendre photogéniques) à Chishang qu’à Guanshan, ainsi qu’un superbe lac rempli de fleurs de lotus!

@Crédit Photo: Sunny

On y trouve aussi un arbre célèbre où une star taiwanaise (Takeshi Kaneshiro) y aurait tourné une publicité pour les cafés Mr Brown (et pour Eva Air aussi, regarde!). C’est d’ailleurs la queue pour prendre une photo dans ce coin-là! Heureusement, les rizières sont assez grandes pour s’éloigner de la foule assez rapidement.

Chishang est aussi une ville bien connue pour ses lunchbox (aussi appellées bentô),et oh bonheur! on peut trouver des options végétariennes! Le restaurant près de la gare propose des bentos au look très rétro et les murs sont recouverts de couvercles de bentos en bois sur lesquels les clients ont écrit ou dessiné!


JOUR DEUX : CHISHANG – YULI – 30 km

Chishang

Je n’ai toujours pas réussi à me réveiller pour le lever du soleil ce matin (le soleil se lève vers 5h en ce moment) et je me réveille avec mon corps tout endolori et plein de crampes, comme si j’avais fait un tour par la case rouleau compresseur. Ah mais voilà ! En fait mes règles sont arrivées plus tôt que prévues : MAIS MERCI LA VIE. Je reprends la route quand même, heureusement que j’ai quelques pilules anti douleur dans mon sac. Je me sens vraiment faible, cela dit. Mais je réussis à pédaler à une vitesse raisonnable sur la Route 9 vers Yuli.

Encore plus de rizières, de petites villes, et de soleil du matin dansant avec les montagnes : traverser ces étendues à vélo me donne vraiment l’impression de faire partie du paysage. Quand j’atteins Dongli, je m’engage sur la piste cyclable de Yu-Fu qui suit aussi une ancienne voie ferrée jusqu’à Yuli. Il y a une gare abandonnée sur le chemin : celle d’Antong (où on trouve aussi des sources thermales naturelles) ainsi que le “pont de l’amour” qui traverse la rencontre de deux plaques tectoniques.

Piste cyclable de Yu Fu

Mon amie Joan m’attend à Yuli, à son hostel le Bliss Inn 1719. J’ai rencontré Joan par hasard il y a quelques mois lors d’un voyage en train et j’étais déjà venue lui rendre visite à Yuli avec mes amies quelques semaines auparavant. Elle m’emmène prendre un déjeuner vietnamien pendant que je lui raconte mes aventures vietnamiennes, ça ne s’invente pas ! Après une glace parfumée à l’ananas, Joan prend grand soin de moi : elle me prête ses gants de cyclisme pour que j’arrête de me brûler les mains, me refile des pilules antidouleur du tonnerre et me propose de me reposer tranquillement à son hostel avant de reprendre la route. Je me sens juste tellement bien au Bliss Inn, et si heureuse d’être avec mon amie, que je me décide à rester et y passer la nuit. J’ai loué mon bolide pour 4 jours de toute façon, ce qui me laisse beaucoup de marge pour arriver à Hualien – Je suis pas en train de faire une course, et il faut que je me rende à l’évidence que mon corps me hurle de m’allonger avec un bon thé chaud.

Aussitôt ma décision prise, il recommence à pleuvoir. Je suppose que je peux décemment prendre ça pour un signe encourageant. Je me sens un peu coupable d’avoir pédalé seulement 30km aujourd’hui, mais je dois vraiment apprendre à mieux écouter mon corps ainsi que mes ressentis. Et Joan s’occupe tellement bien de moi ! C’est un esprit libre, passionné. Elle m’inspire. Elle me fait me sentir chez moi tout de suite. Nous partageons un dîner de riz au curry sur le toit de l’immeuble tout en contemplant les environs au soleil couchant.

 


LES DÉTOURS SUPER COOLS À FAIRE ENTRE CHISHANG & YULI:

  • SIXTY STONE MOUNTAIN

@ Crédit Photo : Vincent Gélinas

En août-septembre, c’est clairement l’attraction de la région à ne pas manquer! Les montagnes se recouvrent alors d’hémérocalles, ces lys oranges aussi appelées Dailylilies. On peut aussi déguster ces fleurs cuites dans l’un des nombreux stands alentours.

Clique pour lire mon article sur ma journée à 60 Stone Mountain
  • LE WALAMI TRAIL

Une randonnée d’une journée entre ponts suspendus et cascades… Ce sentier a été un vrai coup de coeur! Il est possible de passer la nuit dans la Walami Cabin et de faire le chemin inverse le jour suivant: de quoi profiter à 100% du parc national du Yushan.

Clique pour tout savoir sur le Walami Trail!
  • EXPLORER YULI

On pourrait penser qu’il n’y a pas grand chose à faire dans cette petite ville entourée de montagnes. Et pourtant! Yuli, c’est le point de départ du fameux Walami Trail, certes, mais c’est aussi un chouette coin à explorer à vélo, dans les rizières et en bord de rivière. On y trouve aussi les sources thermales de Antong, ainsi que le meilleur tofu puant de tout Taiwan (oui c’est le combo parfait pour une soirée réussie!)

Clique pour lire mes expériences à Yuli!

JOUR TROIS : YULI – GUANGFU – 60 km

Je me sens tellement mieux ce matin ! J’ai toujours pas réussi à me réveiller pour le lever du soleil, d’autant plus que je me suis arrêtée pour déguster des radish cakes pour le petit déjeuner avant de prendre la route. J’entame ma journée sur la Route 193, avec des montées, des descentes à plus de 30kmh, des montées à nouveau, mais c’est bien plus facile que le premier jour ! Il y a des travaux sur la route et les travailleurs m’encouragent tous de leurs «加油! 加油!” Il n’y a pas de circulation du tout sur cette route, et je passe par plusieurs villages aborigènes où des chiens sont endormis sur le bord de la route.

Je passe par des champs de noix bétel, des citronniers, des champs d’ananas… Les montagnes ont l’air si majestueuses ce matin. Je ne savais pas que les plantes d’ananas étaient si épineuses et j’ai failli arracher mon legging tout en prenant une photo. Ces champs d’ananas, par contre ! J’avais jamais vu un truc pareil.

Je fais un détour par le Danong Dafu Parc, un immense parc au milieu de la forêt avec des pistes cyclables, un grand lac, et des décorations fleuries. Puis je suis de retour sur la Route 9 et sa circulation de l’enfer jusqu’à Guangfu et la Hualien Sugar Factory.

Danong Dafu Park

Il n’y a rien de remarquable sur place finalement, sauf quelques villas de style japonais où l’on peut passer la nuit, et une pizzeria chic nommé Casa + où je m’accorde un déjeuner hors de mes tarifs habituels. La gérante m’explique que les employés sont des jeunes en difficulté que le restaurant emploie pour les aider à les réhabiliter.

Hualien Sugar Factory

J’ai encore un peu de temps aujourd’hui. J’explore donc un peu les Mataian Wetlands, et les moustiques se donnent à cœur joie de me bouffer toute crue. Mais l’endroit est superbe avec toutes ces plantes d’eau, et une piste cyclable qui suit un petit ruisseau à travers la végétation folle.

Matain Wetlands

J’arrive finalement au Family Mart de Guangfu juste avant qu’il ne recommence à pleuvoir. Je suis à la recherche d’un hostel où passer la nuit dans les alentours, et j’arrive à la conclusion que 1. Il n’y en a que deux 2. Ils ont des notes vraiment pas terribles sur Google Maps 3. Ils ne parlent pas Anglais. Oh bordel. Je me retrouve donc dans un endroit des plus étranges, une auberge/hôtel qui semble être resté coincée dans les années 70, sans aucun entretien de fait depuis… Le dortoir c’était un non catégorique, donc je finis par payer pour une chambre privée, qui est si lugubre que ma seule consolation est de savoir que je la quitterais le lendemain matin. Alors que je me balade à pattes pour changer en recherche d’un endroit où dîner, je dois bien admettre que Guangfu est sans charme. Je suis à des milliers de kilomètres d’imaginer ce qui m’attend cette nuit-là…

Alors que je retourne à l’auberge/hôtel, mon hôte est en train de prendre le thé avec son pote. Ils parlent tous les deux un Anglais très basique, et je fais de mon mieux avec mon Chinois très très basique aussi. Ils m’invitent à me joindre à eux. En tant qu’amoureuse de thé, je peux clairement pas refuser une dégustation gratuite de thé à la mode traditionnelle taiwanaise ! On parvient tant bien que mal à avoir une conversation vraiment basique, pendant qu’ils me nourrissent de morceaux d’ananas frais. Plusieurs thés différents coulent à flot dans ma petite tasse qui semble ne jamais se vider : Oolong, thé noir, thé Pu’er. J’enchaîne avec ferveur les tasses de thé, tout en jetant un œil à la décoration du rez-de-chaussée.

L’unique photo que j’ai de l’endroit!

Je me rends compte à présent que la pièce est remplie de vinyles, avec au moins trois tourne-disques différents, ainsi qu’un camescope et quelques VHS. L’endroit est un mélange hétéroclite de ce que j’imagine des années 70 et 80, ça me laisse éberluée, tiens. Mon hôte me montre sa collection de vinyles, d’ailleurs, et il me sort tout fièrement quelques-uns de ses disques en anglais. Puis, comme un DJ d’un autre temps, il se met aux platines, et monte le volume à fond : Michael Jackson, Madonna et…Modern Talking. J’ai l’impression d’avoir pris un aller-simple avec la DeLorean, tellement c’est improbable d’être là, et de vivre ce moment-là avec ces deux Taiwanais. Je suis assise là à siroter mon thé et à battre le rythme de « Beat It » avec mon pied tout en en essayant de faire la conversation avec mes deux nouveaux amis : au moins je sais comment nommer les différents types de thés en Chinois, et j’arrive même à dire combien j’aime Taiwan avec assez de confiance pour être comprise.

Et la nuit passe, avec plus de thé, plus de morceaux d’ananas, jusqu’à ce que je remarque mon hôte farfouillant dans ses tiroirs et revenir avec un sac cadeau remplis à ras bord de thés différents. Et il y ajoute un bracelet super joli (en jade ?) qu’il semblait chercher depuis quasi 5 minutes dans ses affaires. OH BORDEL TAIWAN ?!? Je peux vraiment pas refuser le cadeau (même si je me demande à ce moment-là comment je vais bien pouvoir faire rentrer tout ça sur mon bolide) et je remonte dormir dans ma chambres sinistre, assez tard dans la nuit, à moitié endormie, toute étourdie, toute étonnée aussi par cette nuit improbable.

J’aurais pas dû boire autant de thé par contre. J’arrive pas à dormir.


LES DÉTOURS SUPER COOLS À FAIRE ENTRE YULI & GUANGFU:

  • FAIRE DU RAFTING À RUISUI

 

 

Ruisui c’est la ville idéale où s’octroyer une pause sportive. En effet, il est possible de faire du rafting dans les rapides de la Xiuguluan River qui serpente entre les montagnes jusqu’à l’océan pacifique et le pont Changhong. Ruisui est aussi connue pour ses sources chaudes, et je recommande chaudement les sources Red Leaf à Hongye, dans un établissement construit dans un style japonais. On peut d’ailleurs y passer la nuit, sur des tatamis.

  • PÉDALER À DANONG DAFU PARK

Cet énorme parc de 1 250 hectares au milieu de nulle part offre de nombreuses possibilités d’exploration ! A pied ou à vélo, on peut se promener dans les champs de fleurs, les forêts et autour d’un lac en forme de demi-lune.


JOUR QUATRE : GUANGFU – HUALIEN – 55KM

Le ciel est grisâtre ce matin. On aperçoit même pas le soleil, donc je n’ai même pas à me sentir coupable de rater ma dernière chance de voir le lever du soleil parce que je me suis levée trop tard. Je suis la Route 9 aujourd’hui car il y a quelques endroits que j’ai envie de voir en route. J’en viens vite à regretter mon choix : La Route 9 est toujours très passante, et la route s’avère bien vite ennuyeuse.

 

Je traverse Fenglin à nouveau, mais c’était beaucoup plus amusant la dernière fois que j’y suis allée. En prenant le temps de marcher autour de la ville et de découvrir quelques sentiers dans les montagnes. Au moins mon petit déjeuner au 7/11 du coin m’apporte un peu de réconfort.

Je passe des ponts, je croise quelques champs, mais la magie s’est fait la malle avec le soleil. Je suis impatiente de passer devant cette maison bizarre que j’avais aperçue lors de mon dernier voyage dans la East Rift Valley : la maison de « Mr. Sam ». Il s’agit d’un café encore en construction qui ressemble à une sorte de maison de Hobbit. L’endroit est encore fermé, mais je m’étonne devant les fenêtres excentriques, les petites portes et les toits qui font des vagues. Ça semble juste surréaliste comme bâtisse ici, à Taiwan : cette maison semble sortir tout droit de l’imagination d’un gosse. Je suis triste à l’idée que je ne verrais probablement jamais ce café ouvert au public, j’aurais aimé prendre une tasse de thé là-bas, dans cette maison enchantée.

Après la maison, je fais un petit détour par la Aquafarm, et le chemin pour y parvenir me remonte un peu le moral : je traverse des piscicultures, des étangs, et d’autres champs agricoles. Il y a un musée ainsi qu’une piscine de palourdes, où l’on peut pêcher ses propres palourdes avant de les déguster. Depuis que je suis végétarienne, je ne suis clairement pas intéressée par l’expérience, mais les environs sont agréables : il y a un pavillon près de l’étang avec quelques carpes énormes.

Je fais mon bonhomme de chemin à travers les terres agricoles jusqu’à la Route 11 bis, qui est encore pire que la Route 9 niveau circulation. J’ai vraiment hâte d’arriver enfin à Hualien…Mais une fois la ville en vue, je ne peux pas me résoudre à filer directement au magasin de location. Je fais un détour énorme par la piste cyclable le long de la côte, le long de la plage, notre plage, pour respirer les embruns de l’océan.


LES DÉTOURS SUPER COOLS À FAIRE ENTRE GUANGFU & HUALIEN:

  • LE PETIT VILLAGE DE FENGLIN

Soyons honnêtes, il n’y a pas grand-chose à faire à Fenglin. En fait, c’est même la première ville de Taiwan à avoir reçu le label de ‘Slow City’ (Ville Lente), une prix décerné par une association italienne dont le but est de promouvoir un mode de vie plus lent et plus écologique. On comprendra donc pourquoi l’emblème de Fenglin est l’escargot.

J’ai passé la journée à Fenglin lors d’une journée grise de janvier, un peu par hasard, dans la foulée d’un “et si on prenait le train pour une station au pif ?” et c’est tombé sur Fenglin. Pourtant j’ai adoré me balader dans les petites ruelles derrière la gare, ces ruelles aux maisons colorées.

On a finalement décidé de suivre la rivière, vers l’ouest. La piste cyclable/route est en piteux état, mais on traverse des champs, des fermes. On est loin des rizières photogéniques de Chishang. Ici tout est plus sauvage. La rivière mène éventuellement aux Phoenix Waterfalls, après une route bien pentue.

  • DÉCOUVRIR LINTIANSHAN FOREST PARK

Près de la petite ville de Warong se trouve le parc forestier de Lintianshan. Sous l’occupation japonaise, des chemins de fer ont été construits notamment pour l’exploitation du bois.

On trouve encore aujourd’hui plusieurs de ces anciens villages florissants et grouillants d’activité dans les années 1940, comme à Warong, à Checheng ou encore à Luodong, qui ont été transformés en « parcs forestiers », témoins d’une époque révolue.

On y trouve d’anciennes rails et locomotives, des maisons traditionnelles japonaises, des expositions, des sculptures, et il est parfois possible de randonner dans la forêt.

  • SE LAISSER SURPRENDRE PAR HUALIEN

Outre le point de chute pour découvrir le Parc National de Taroko, la ville de Hualien a aussi beaucoup à offrir ! Son night market possède une allée de spécialités aborigènes (poisson volant, cochon sauvage, herbes et plantes locales) et si le beau temps n’est pas au rendez-vous, Hualien offre aussi pléthores de petits cafés super cosy où déguster du bon café, du thé taiwanais, et des pâtisseries faites maison. Bien souvent, un chat ou un chien se glissent sur les genoux des clients.

Le centre-ville ressemble à la plupart des centre villes taiwanais, des centres commerciaux, des magasins, des cafés. Il y a, comme dans beaucoup de villes, un ‘Creative Park’ avec des ateliers et de la vente d’objets d’artisanat. On y trouve quelques maisons datant de l’occupation japonaise, notamment au Pine Garden, et bien évidemment beaucoup de temples.

Derrière le night market, l’océan. Et une piste cyclable qui rejoint la route 11, où l’on rencontre badauds, joggeurs, pêcheurs. Le meilleur moment pour explorer l’endroit c’est au lever du soleil évidemment, lorsque le soleil se lève au-dessus des vagues. Ce que j’en ai bouffé des levers de soleil à Hualien, d’ailleurs ! Pour ceux qui sont motorisés, il faut essayer de rejoindre la route du Maple Trail ou la montagne 7/7 pour des vues de crépuscules à couper le souffle!

Quant aux alentours, à moins d’une heure de vélo se trouvent la plage de Qixingtan, le lac de Liyu, les cascades de la vallée de Jade ou encore le quartier bucolique de Ji’an. J’ai imaginé trois itinéraires découvertes à vélo (avec carte Google Maps à l’appui) dans un article partagé il y a quelques mois.

Clique pour découvrir Hualien et ses environs à vélo!
  • TAROKO NATIONAL PARK

Une fois arrivé à Hualien, si il y a bien un endroit à ne manquer sous aucun prétexte, c’est le Parc National de Taroko! Des sentiers de balades et de randonnées t’emmènent explorer les gorges de Taroko et les différents temples disséminés çà et là dans le parc national. Un régal pour la rétine, ainsi que les gambettes! J’ai rédigé un article très complet sur les randonnées de Taroko ainsi que les différents moyens de s’y rendre.

Clique pour découvrir mon guide complet sur Taroko!

Je l’ai fait. JE L’AI FAIT BORDEL.

Même pas mal.

Quand je rends mon bolide, le compteur affiche 220 km. Avec mes détours et mes petits voyages à vélo tous les soirs pour trouver de quoi dîner, j’ai pédalé au moins 50 km de plus que prévu. Je remballe mes affaires dans mon sac à dos et retourne à la maison.

À pied.


Je suis toujours étonnée par ce sentiment de familiarité qui me prend lorsque je marche dans les rues de Hualien. Il me reste à peine une semaine et quelques à Taiwan avant de repartir pour de nouvelles aventures, sur un autre continent. Je rêvais d’une aventure à vélo de ce genre depuis environ un an maintenant, et je suis à la fois heureuse et fière d’y être parvenue avant la fin de mon séjour. C’est une nouvelle expérience enrichissante, une nouvelle preuve de mes capacités, qui me donne un peu plus confiance en moi.

Je n’arrive toujours pas à croire à quel point je suis tombée amoureuse de ce pays. Je suis profondément heureuse de ce voyage à vélo, car j’ai été capable de sentir Taiwan sur ma peau, soufflant dans mes cheveux, dans tous mes muscles.

Taiwan est imprimé sur ma rétine pour de bon.

Je n’ai plus peur de déranger le paysage ici : j’en fais partie.

@Crédit photo: Sunny

LA CÔTE EST DE TAIWAN À VÉLO : HISTOIRE D’UNE CYCLISTE EN CARTON
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2 thoughts on “LA CÔTE EST DE TAIWAN À VÉLO : HISTOIRE D’UNE CYCLISTE EN CARTON

  • 28 September 2018 at 3 h 17 min
    Permalink

    Salut Céline !

    Franchement, je voulais vraiment te remercier pour tes articles sur ton blog, que je trouve super bien écrits et documentés, et tout particulièrement pour celui-ci, qui est une perle ! Il m’a énormément aidé dans l’organisation de mon voyage à vélo à Taiwan pour la partie entre Taitung et Hualien. Malheureusement, le Gift Box Hostel était fermé, mais le Bliss Hostel à Yuli était juste génial ! Je suis en ce moment à Fenglin (la ville juste après Guangfu), et je suis dans un bnb super sympa, mais introuvable sur Booking ou Google Maps. Pour les lecteurs qui souhaiteraient passer la nuit à Guangfu, voici le lien :

    https://m.facebook.com/鳳林背包客棧-1600357633527869/?ref=page_internal&mt_nav=0

    Je serai au World Inn demain à Hualien, j’attends avec impatience de voir comment c’est, tu as tellement parlé de ce lieu et de sa super ambiance sur ton blog.

    Me concernant, j’ai commencé mon voyage en vélo au sud de Kaohsiung, à Checheng, puis ai longé la côte en passant par Kenting, Eluanbi, Jialeshui, Gangzi, Taitung, petite escapade à Lü Dao, puis retour à Taitung, Chishang, Yuli, Fenglin, et enfin Hualien. J’ai pour ma part loué mon vélo chez Giant, j’ai demandé 2 jours en avance, et il n’y avait pas de soucis. Ça fait presque 3 mois que je voyage, et ce périple en vélo a été ce que j’ai préféré, et de très loin. Les paysages, le sentiment de liberté, et la gentillesse des Taiwanais, tout était juste génial. La côte Est de Taiwan est un véritable joyau.

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    • 28 September 2018 at 13 h 22 min
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      Raphaël, merci pour ton retour!
      Ca me fait tellement plaisir que mon article ait pu t’être utile! Et c’est cool pour Fenglin, j’ai d’ailleurs préféré visiter Fenglin que Guangfu!
      Pour le World Inn, il a changé d’adresse et j’espère pouvoir y retourner pour voir à quoi ça ressemble maintenant!
      Bon voyage et profite bien de Taïwan!

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