POURQUOI TU DEVRAIS PARLER AUX INCONNUS #6 – LE WORLD INN



CES RENCONTRES SUR LA ROUTE… OU AILLEURS

EPISODE # 6: LE WORLD INN A HUALIEN – MA MAISON SUR LA CÔTE EST

(UNE ÔDE AU VOLONTARIAT)

(Read me in English, baby!)


 

En voyage, on recueille sans le chercher pleins de petits actes de générosité gratuite. On y est sûrement plus ouverts, plus dépendants aussi. Ici, j’ai voulu partager ces rencontres, ces actes de générosité, ces surprises, et ce que j’en ai retiré. J’ai pleins de petites histoires en stock que j’aimerais développer et j’espère que cette petite série aura le mérite d’apporter un regard différent et optimiste sur le monde.

Moi, j’te le dis. Tu peux parler aux inconnus. C’est que du bonheur.


HUALIEN, TAIWAN

ETE 2017

C’était un été de la balle.

Aussi fou que cela puisse paraître, en mai dernier, ce jour où j’me suis pris un marteau dans le cœur, j’ai aussi trouvé une famille et un endroit que j’ai depuis longtemps ajouté à ma liste de ‘maisons’ autour du monde.

J’ai ouvert la porte du World Inn trempée de pluie, avec des larmes séchées sur les joues, pour entamer mes deux semaines de Workaway. Sauf que j’y suis restée plus de trois mois dans cet hostel.

Depuis que j’ai commencé mes baroudes en carton il y a deux ans, je suis rarement restée plus d’un mois au même endroit (excepté lorsque je faisais la Banana Girl en Nouvelle-Zélande ou lorsque je suis revenue à Strasbourg bosser à la Bibliothèque Nationale Universitaire). J’ai toujours les pieds qui me démangent vachement lorsque je me pose quelque part pendant longtemps, je deviens agitée et impatiente à l’idée de nouvelles explorations.

Mais ça c’était avant que je me retrouve dans le Hualien County, sur la côte Est de Taiwan.

Ça c’était avant le meilleur volontariat du monde.

Bienvenue au World Inn.

Je continue de disséminer mes origamis en Asie.

PASSER LA PORTE DU WORLD INN C’EST SE TROUVER UNE NOUVELLE FAMILLE

Une équipe de choc!

Au World Inn, j’ai été accueillie à bras ouverts par Una, la gérante de l’hostel ainsi que son mari Aga, qui est guide touristique pour les Taïwanais qui veulent visiter l’Europe. La sœur de Una, Nicole, vivait avec eux aussi, et Hugo, le voisin, venait souvent goûter à ma cuisine et partager des bières avec nous.

Ca résonnait souvent d’éclats de rire, cet hostel, de musiques finlandaises, de ‘Bal de Bamako’ ou d’Aga qui chantonne des tubes en Chinois. Il y avait aussi Emma, une jeune finlandaise en stage de 4 mois au World Inn, alors que Vincent, du Québec, utilisait l’opportunité du Workaway pour approfondir son Chinois. A nous trois, on formait une équipe de longue durée, on a donc tissé des liens très vite lors de nos tours de ménage.

 

Un peu comme une famille, on prenait soin les uns des autres. On cuisinait ensemble après le travail. Emma m’aidait à séparer le blanc des jaunes pour la mousse au chocolat. Vincent m’aidait à acheter des billets de train à la machine du Family Mart où tout est écrit en Chinois. J’allais nager avec Emma à Notre Plage. Je dormais avec Vincent au 7/11 de Luye pour aller voir les montgolfières.

Notre équipe s’agrandissait de temps en temps avec d’autres volontaires, Masumi du Japon, Sasha des Philippines/Afrique du Sud, Joy de Taïwan, Dnyan d’Inde qui fait le tour du monde à vélo. On tissait des liens très forts avec certains guests, tellement qu’on décidait de faire un carnet avec une liste de nos meilleurs guests (et parallèlement, de nos guests les plus ennuyeux, les plus sales, les plus beaux/belles, et évidemment des meilleurs workawayers – ouais, j’espère bien y figurer à présent !)

Notre famille était belle, hétéroclite et ne manquait pas d’humour.

 


LE WORLD INN

Je suis tombée amoureuse de cette table en bois.

Cet hostel, le World Inn, c’est un peu le bébé d’Una et Aga, leur rêve devenu réalité. Quand Aga m’explique comment il a décidé d’ouvrir son propre hostel, je peux pas m’empêcher de sourire : l’idée lui est venue en Nouvelle-Zélande, lorsqu’il séjournait dans les hostels de la chaîne BBH. Des hostels en petit comité, souvent de type homestay, avec une ambiance chaleureuse spécifiquement destinée aux backpackers.

D’ailleurs au World Inn tout transpire l’amour du voyage. Chaque lit correspond à un pays du monde où ils projettent de voyager ensemble un jour. J’ai passé quelques nuits en Argentine, puis en Egypte, puis en Nouvelle-Zélande et enfin en Afrique du Sud. Une carte du monde permet aux visiteurs de choisir leurs lits en apposant un magnet avec leur drapeau sur le pays où ils passeront la nuit. Una est d’ailleurs toute excitée dès qu’un visiteur dessine un nouveau drapeau – c’est un drapeau de plus à ajouter à leur grande collection. L’immense table en bois du rez-de-chaussée est en forme de l’île Taïwan, et il traîne çà et là des bibelots qu’Aga a ramenés de ses voyages. Un kiwi, une statue africaine, quelques figurines de cathédrales européennes sous verre.

Ils veulent pouvoir offrir aux voyageurs l’opportunité de vivre « comme les locaux » et ne sont pas avares de bons plans, de sorties nocturnes pour aller voir les lumières de la ville depuis le Maple Trail ou observer les étoiles depuis Qixingtan. Ils font aussi la promotion d’artisans locaux et de fermes organiques par exemple.

 

Una nous emmène souvent dans ses endroits préférés, et avec Emma, on lui apprend à nager dans l’océan. On découvre avec elle des spécialités taïwanaises, on apprend un peu de Chinois, on s’accoutume aux traditions locales, même qu’on rencontre le maire de la région de Hualien ainsi que le maire de la ville –et on a même des selfies pour le prouver.


TRAVAILLER OUI, MAIS AUSSI DEMONTRER MES TALENTS

Avec mes hôtes, Una et Aga, dans mon endroit favori, Sanzhan

Travailler, ça implique un salaire, et dans l’inconscient souvent une certaine souffrance. Il faudrait se tuer à la tâche pour être acceptable, d’ailleurs j’ai entendu bien souvent les termes de « vrai boulot » comme si il y en avait des faux. C’est un peu comme la « vraie vie », comme si là à Taïwan tout n’était qu’une illusion. Et quand c’est la vie, la « vraie », le boulot le « vrai », il faut y donner de sa personne, galérer pour que ce soit valable aux yeux de la société.

Sauf qu’il existe d’autres manières de « travailler » si tu préfères les guillemets. HelpX, Workaway, Woofing, volontariat, on y met beaucoup de noms, mais le principe est simple, offrir ses services en échange de l’hébergement et parfois du couvert. A Taïwan, le plus répandu, c’est de travailler dans les hostels : aider à faire le ménage, accueillir les clients, faire un peu de pub en échange d’un lit dans un dortoir. Je l’ai fait plusieurs fois en Nouvelle-Zélande et à Taipei, et je m’en accommode très bien. D’ailleurs, ça me laisse souvent des après-midis de libre pour explorer les environs, faire connaissance avec de nouvelles personnes (et souvent des locaux) et prendre le temps de me reposer entre deux épopées.

Ce qui a fait la grosse différence au World Inn, c’est que, en plus de mes tâches basiques quotidiennes de nettoyage, j’ai été encouragée à développer mes talents. Des talents que j’avais même pas pleinement conscience de posséder en fait.


DE LA MAGIE D’UNE SIMPLE MOUSSE AU CHOCOLAT…

Recette de grand mère!

En effet, à peine arrivée, j’ai fait ce que je fais de mieux : de la mousse au chocolat. Si j’y repense, chaque volontariat a vu sa mousse au chocolat – tu peux demander à mes anciens collègues, j’en ai fait une à Noël sur Stewart Island, d’autres ont été faites sans batteur électrique à Hahei dans le Coromandel.

Et là, y’a un truc magique qui s’est passé : à chaque plat que je cuisinais, que ce soit une tarte aux pommes, une quiche au tofu, un crumble aux poires, un cake au citron, un fondant au chocolat (qui claque), même une simple salade avec une vinaigrette à la moutarde, et bien mes hôtes étaient en extase. En quelques jours, j’étais passée de simple helper, à la cuisinière attitrée de l’hostel, où on allait faire nos courses à Carrefour avec entrain en se demandant ce qu’on pourrait bien cuisiner.

Il faut savoir qu’à Taiwan, il n’est vraiment nécessaire de cuisiner. Il y a des restaurants vraiment partout, tout s’emporte, et surtout : c’est vraiment pas cher. C’est juste tellement simple de se procurer à manger 24h/24, que même certains logements n’ont pas de cuisine. Alors, moi j’arrive avec mes recettes de pâtisseries plein mon OneDrive, forcément le succès était assuré. J’essaie de leur expliquer que chez moi, en France, c’est juste normal de cuisiner, que même si tout le monde apprécie un bon dessert, j’ai jamais reçu autant d’effusions enthousiastes.

Et honnêtement la mousse au chocolat c’est d’une simplicité extrême. C’est d’ailleurs la première recette que j’ai apprise lorsque j’étais enfant : j’assistais ma maman qui tenait sa recette de ma grand-mère. Après m’en avoir mis pleins les doigts et la bouche, je laissais mon chien lécher les bols. Même que je pensais qu’il était noir parce qu’il mangeait de la mousse au chocolat avec moi. Finalement, lors de mes anniversaires, j’avais rarement des gâteaux. Moi, tout ce que je voulais, c’était laisser fondre la mousse au chocolat sur ma langue et soupirer de plaisir.


… A LA TABLE DES WORLD INN DINNER

World Inn Dinner

Ça tombait super bien cette histoire de mousse, parce qu’Una venait d’organiser le premier World Inn Dinner juste avant que j’arrive : un évènement qui aurait lieu tout l’été, toutes les deux semaines à peu près, où elle invitait un chef taïwanais à venir cuisiner des ingrédients traditionnels et locaux pour les invités de l’hostel, mais aussi les habitants de Hualien qui voulait découvrir une cuisine nouvelle et originale. Du coup, elle nous demandait à Emma et moi de réfléchir à des recettes finlandaises et françaises qu’un chef pourrait cuisiner à la sauce taïwanaise. Evidemment la Mousse au chocolat de ma grand-mère et la Quiche étaient de la partie ainsi que le Voileipäkakku – le Sandwich Cake Finlandais.

Pour expliquer comment faire la mousse, au lieu de traduire la recette de ma grand-mère en Anglais pour Una et le chef, je me suis mise à la dessiner. C’est toujours plus simple un petit dessin pour comprendre les choses. Je m’appliquais, je redécouvrais la sensation des traits, de la couleur sur les doigts, de mon esprit concentré sur une seule et unique tâche qui ne m’a jamais, jamais, jamais, ennuyée.

Ma recette de mousse a tout de suite plu à Una –encore une fois, l’enthousiaste était là, honnête et franc – et elle me demandait si je pouvais dessiner les deux autres recettes pour les inclure dans le menu du World Inn Dinner. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à dessiner toutes les recettes des World Inn Dinner pendant tout l’été. La surprise m’a même coupée le souffle lorsqu’elle et Aga me proposaient de me payer. Les dîners étaient subventionnés par la région de Hualien –sûrement en tant que promotion de la région- et ils souhaitaient partager une part de cette enveloppe avec moi ! J’étais payée pour dessiner, bordel ! C’était pas énorme, mais significativement beaucoup pour mon égo.

Je veux dire, jamais de la vie, JAMAIS j’aurais pensé qu’on puisse vouloir me payer pour mes petits dessins.

Alors que je dessinais, je découvrais des herbes aborigènes aux noms exotiques, des fleurs comestibles, des légumes inconnus. Je gommais beaucoup parfois, n’arrivant pas à saisir les traits de tel ou tel ingrédient : mais bordel  comment je peux bien dessiner un poisson mort ou un filet de poulet ? Comment dessiner des œufs en neige ? Mais peu importait la solution que je trouvais, l’enthousiasme était là, et j’ai même dédicacé (oui bordel) des menus pour des invités qui avaient adoré mes petits dessins.

Grâce à ces dîners organisés par le World Inn, j’ai aussi pu faire des tours guidés dans des fermes partenaires de la marque d’Hugo (花東菜市集, qu’on pourrait traduire par « Flower East Market », qui vend des produits locaux, éthiques et biologiques de qualité aux goûts clairement exquis) qui procuraient les ingrédients pour les différents menus imaginés par les chefs. J’y ai reniflé tonnes d’herbes étranges (tout en essayant de retenir leurs noms pour plus tard – peine perdue, clairement), j’y ai mangé du maïs à même le champ (et c’était doux et sucré),  j’y ai appris des techniques de pêche moins agressives (où les poissons sont « guidés » dans des filets qui ne raclent pas tout ce qui bouge) et j’ai même pu déterrer moi-même des patates douces (et que c’est moi qui ai eu le plus gros sac… !).


L’AIR EST PLUS DOUX POUR RÊVER A L’EST

Lever de soleil depuis le Maple Trail

Outre le dessin et la cuisine, à Hualien, je me suis installée dans une routine de plaisirs. Là encore, j’en vois qui froncent les sourcils en se disant que c’est clairement pas ça la « vraie vie », hein, non mais depuis quand on pourrait passer son temps à se faire plaisir. Et pourtant, je travaillais. En plus de mes deux ou trois heures quotidiennes de ménage, je passais quelques bouts d’après-midi à dessiner, parfois à faire du tutorat d’Anglais pour ces deux mômes adorables. J’aidais à la cuisine, ou au service lors des World Inn Dinner, je jouais au photographe pour mettre à jour le site web de l’hostel. Mais j’imagine que c’est exactement ce que le nouveau président français qualifierait de vie de « fainéant » (salut, Macron !)

Peu m’importe, en fait. A Hualien, j’ai cherché le contentement dans de petites choses simples comme des balades à vélo, aller nager dans l’océan ou la rivière presque tous les jours, acheter un bao au sésame dans la boutique d’en face pour le déjeuner, me lever presque deux heures avant de commencer à travailler pour lire des bouquins, apprendre un peu de chinois ou faire une séance de yoga avec ma collègue Sasha sur le toit de l’auberge. J’ai beaucoup écrit aussi, publié quelques textes sur le blog, sur Medium, et j’ai encore quelques 5 brouillons de sujets qui me tiennent à cœur.

Je me suis rendue compte que j’étais épuisée d’avoir les jambes qui me démangeaient en continu, que j’étais épuisée de fuir à droite et à gauche, que j’étais épuisée de me poser 42 mille questions sur la vie, l’univers et le reste. Que ça me manquait de lire un roman d’une traite attablée dans un café, ou de simplement regarder un lever de soleil. Parce que me lever à 4h du matin pour le lever du soleil n’allait pas me tuer, tant pis si j’allais être un zombie pour le reste de la journée. Parce que j’étais clairement une zombie heureuse ces jours-là, ces journées commencées avec des vagues rosées qui dansaient dans le ciel.


On gagne à vivre lentement des fois, à prendre le temps pour toutes ces petites choses que l’on a tendance à remettre au lendemain : dessiner, écrire, apprendre une nouvelle langue, pédaler, regarder les étoiles filantes ou le soleil se lever.

Cuisiner une mousse au chocolat pour les gens que l’on aime.

Dans le meilleur hostel du monde.

Dorénavant y’a au moins dix polaroids avec moi dessus au World Inn!

D’ailleurs, Una et Aga projettent de déménager le World Inn dans un espace plus grand, qui aurait l’avantage de pouvoir promouvoir les produits de la marque d’Hugo, mais aussi d’accueillir plus de visiteurs pour un loyer plus modeste.

S’il te passe l’envie de faire un tour à Hualien, et que t’as des qualités de charpentier, de constructeur, de peintre en bâtiment, ou toute autre compétence qui pourrait les aider à réaliser leur rêve, hésite pas à les contacter sur Workaway !


Y ALLER :

WORLD INN, No. 630, Ziqiang Road, Jian, Hualien County



 

POURQUOI TU DEVRAIS PARLER AUX INCONNUS #6 – LE WORLD INN
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