POURQUOI TU DEVRAIS PARLER AUX INCONNUS #4


CES RENCONTRES SUR LA ROUTE… OU AILLEURS

EPISODE # 4: GENEROSITE TAIWANAISE

(Read me in English, baby!)


« Ne parle pas aux inconnus ! » On a tous entendu ça à un moment ou un autre, plus particulièrement pendant l’enfance. L’inconnu est terrifiant, pétri de mauvaises intentions, surtout avec ses bonbons qui pétillent et ses manteaux d’hiver. Entendons-nous bien, c’est bien plus qu’un bon conseil pour les enfants, l’innocence de l’enfance étant étrangère à la méfiance, à la prudence, et on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. Mais… Pourquoi ce conseil reste-t-il ancré en nous bien des années plus tard ? Est-ce vraiment à raison ? On n’en ferait pas un peu trop à se braquer comme ça devant les inconnus, et à ne se préoccuper que de notre petite bulle confortable ?

Ici je vais te démontrer par A + B comme finalement c’est vachement cool parfois de se laisser aller vers l’inconnu, du lui faire un peu confiance, et surtout de prendre le temps de… Simplement parler.

En voyage, on recueille sans le chercher pleins de petits actes de générosité gratuite. On y est sûrement plus ouverts, plus dépendants aussi. Ici, j’ai voulu partager ces rencontres, ces actes de générosité, ces surprises, et ce que j’en ai retiré. J’ai pleins de petites histoires en stock que j’aimerais développer et j’espère que cette petite série aura le mérite d’apporter un regard différent et optimiste sur le monde.

Moi, j’te le dis. Tu peux parler aux inconnus. C’est que du bonheur.


UN VILLAGE TRADITIONNEL AU SUD DE TAIPEI, TAIWAN

MAI 2017

Cette histoire a commencé très simplement, avec un message envoyé sur Couchsurfing. Vita m’invitait à rester chez elle près de l’aéroport de Taoyuan quand j’arrivais à Taipei. Mais j’avais déjà réservé mes premières nuits au Happy Taipei de Shilin et j’avais un plan de HelpX dans un autre hostel pour les semaines suivantes. Donc j’ai dû refuser, mais nous sommes restées en contact pour se revoir une fois que je serais posée à Taipei.

Avec Flora, que j’ai rencontré au Happy Taipei justement, et Nicolas, le seul autre PVTiste que je connaisse ici, on a décidé d’aller passer une journée à Wulai, une village traditionnel au Sud de Taipei. J’ai évidemment proposé à Vita de se joindre à nous. Plus on est de fous, plus y’a de riz comme on dit. Et puis avoir une locale sous le coude, c’est quand même toujours super avantageux, ne serait-ce que pour lire le menu du déjeuner!

Vita est une petite Taiwanaise de 35 ans à l’énergie débordante et au sourire lumineux. Et il est contagieux ce sourire, parce que quand elle te sourit et te sort une blague, tu peux pas t’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles à ton tour. C’est assez fou qu’elle soit sur le point de partir en France avec sa maman pour 3 mois – du coup avec Flora et Nicolas on lui donne pleins de conseils sur ce qu’elle doit absolument manger (du fromage, du fromage, et… du fromage!) Notre daytrip à Wulai était juste superbe, rempli de paysages grandioses et d’une grosse dose de fous rires. J’en dirais plus dans un prochain post.


UNE MAISON DU BONHEUR A L’OUEST DE TAIPEI, TAIWAN

UNE SEMAINE PLUS TARD

Une semaine après cette journée rafraîchissante, Flora et moi étions invitées chez Vita pour mon jour off. Maintenant que j’y pense, c’était ma première expérience chez des locaux à Taiwan. Après une après-midi bien remplie de nouvelles expériences culinaires (évidemment), Vita nous accueille chez elle en nous disant « Vous pouvez manger tout ce que vous voyez, ma maison c’est votre maison ! » – okay d’accord, c’est clairement la meilleure phrase d’accueil du monde ! Vita est un peu comme moi, elle héberge pleins de Couchsurfeurs, et dans sa cuisine il y a même un mur dédié avec pleins de photos des personnes qu’elle a hébergé avec sa famille à Taoyuan. « Ce couple de Russes est même resté un mois ! » me dit-elle en me montrant une photo d’un couple souriant sur laquelle ils ont écrit un joli message de remerciement. C’est comme ça, dans la maison de Vita, même si sa mère ne parle pas Anglais, elle est tellement enthousiaste et accueillante envers les étrangers, que t’auras l’impression de rencontrer ta nouvelle maman Taiwanaise. Vita et sa famille sont végétariens, et sa maman a clairement de l’or dans les mains quand elle cuisine. On avait bien trop mangé, et pourtant… On pouvait pas s’arrêter. Entre le taro, les épinards, le riz cuit à la vapeur dans des feuilles de bambou (des Zongzi), des poivrons, des radis vinaigrés, des nouilles sautées et des saucisses végé, chaque plat était un feu d’artifice pour mes papilles.

La maman de Vita est super drôle en fait. Elle arrête pas de nous dire de manger lentement, mais on peut pas s’en empêcher, on englouti tout. Comme on a toutes les deux grandi en France avec Flora, elle veut partager une bouteille de Bordeaux qu’elle a ramené de son dernier voyage en France avec nous. Elle insiste pour m’ajouter en amie sur Facebook et elle veut que je lui montre des photos de Strasbourg. Mon cœur se réchauffe tellement à ce moment-là, ouais c’est peut-être clairement le vin qui me fait ça, mais je me sens remplie d’une putain de reconnaissance pour cette famille qui nous accueille avec tant de générosité et de bienveillance.

Et tout à coup, j’ai ce que j’appelle un « moment magique. » Tu sais quand y’a du bonheur mièvre qui m’envahit la poitrine et se répand un peu partout – où je sens un truc tout chaud tout beau qui me fait me sentir putain de reconnaissante pour la vie que je mène.

J’y suis retournée, chez Vita. Après avoir fui Taipei pour un peu de voyage solo, mon premier stop a été de retourner quelques jours chez la famille Lung. Evidemment que sa mère a fait des merveilles en cuisine, elle m’a même montré comment emballer joliment les Zongzi avec les feuilles de bambou. Vita m’apprend les échecs Chinois, je lui apprends le Français. Sa mère s’exclame en continue « Je suis contente ! » alors que je galère toujours avec les quatre tons de la langue chinoise. Ouais, clairement je faisais partie de la famille Lung.

Le soir, dans le lit de Vita, je me sens un peu comme une adolescente avec ce requin géant en peluche que je serre jalousement dans mes bras. On parle d’amour et d’amoureux, avant de s’endormir comme des bébés. On dirait bien que la question amoureuse ne s’éclaircit pas passé la trentaine, hein.

On prévoit déjà de se revoir à son retour à Taiwan, mais aussi quand je serais de retour en France. Il est temps de prendre en charge son éducation fromagère !

Et maintenant, j’ai ce sentiment étrange et hautement inattendu, où j’aimerais avoir un chez moi, une maison tu sais. Parce que même si je fais la fière depuis deux ans de ne pas avoir de maison fixe, et de pouvoir m’improviser des maisons un peu partout; et bien dans ces moments-là, j’aimerais avoir une vraie maison. Pour pouvoir les héberger en retour. Je voudrais ce genre de « maison du bonheur » où tous ces gens qui m’ont ouvert leur porte, leur voiture, leur tente, leur cœur, pourrait débarquer et goûter un bout de vie à la Française. Y’aurait du fromage et du vin, et des bouquins dans toutes les langues. Il y aurait des rires qui résonnent et qui emmerdent les voisins. Il y aurait des dîners sans fin et des gens qui dansent, parce que vraiment, manger et danser ça rend putain d’heureux.


Autant te dire que c’est super bizarre pour moi d’éprouver ça alors que je viens tout juste de recommencer un autre long voyage. Peut-être que c’est tout à fait différent cette fois.

Peut-être que l’année qui m’attend ne m’aidera pas à apprendre enfin à vivre sans attaches, mais peut être que j’apprendrais à rendre la pareille à ces gens qui contribuent à tous ces putains de moments magiques que je vis depuis plus de deux ans. Peut-être que cette année je vais apprendre comment m’enraciner à nouveau quelque part.

Peut-être que je vais trouver l’énergie pour construire (une maison du bonheur.)


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