HISTOIRES D’HÉBERGEMENTS ALTERNATIFS


L’autre soir j’ai été invitée à prendre la parole et raconter mes expériences en matière d’hébergement lors d’un colloque sur le tourisme alternatif organisé par l’Enjoy’In Hostel, un projet d’auberge de jeunesse éco responsable et solidaire à Mulhouse.

Je ne me sentais pas trop légitime de prendre la parole après l’Office du Tourisme et d’autres acteurs touristiques dont la profession est liée directement au tourisme et aux voyages. Qu’avais-je donc à apporter ? Finalement j’ai décidé de faire comme je fais toujours lorsqu’il s’agit de parler de voyages : j’ai simplement raconté mes histoires.

Voilà le texte (légèrement retouché) de mon intervention, comme ça, c’est comme si t’y étais ! Ramène ton bol de houmous avec de la pita fraîche et du thé glacé, c’est parti.

(Read me in English, baby!)


TOURISME : QUELLES ALTERNATIVES AUX CIRCUITS CLASSIQUES ?

L’HÉBERGEMENT, UNE PARTIE INTÉGRANTE DU VOYAGE

Endless Summer Lodge, Nouvelle Zélande

De nos jours il y a autant de types d’hébergements que de types de voyageurs

Nguyen Shack, Vietnam

Les voyageurs à petits budgets auront tendance à dormir dans les dortoirs en auberges de jeunesse, à faire du camping ou du Couchsurfing, tandis que les voyageurs avec plus de moyens iront souvent dans de beaux hôtels en all inclusive. Les voyageurs au long cours privilégieront le volontariat qui permet de partager la vie d’une famille ou d’une exploitation et les voyageurs militants seront eux attachés à trouver un hébergement qui réduise au maximum leur empreinte carbone. Les voyageurs un peu aventuriers seront attachés à la découverte de la vie locale et rechercheront un hébergement insolite, alors que d’autres voyageurs seront plus à l’aise dans une chambre traditionnelle, avec au moins une douche, de l’eau chaude et des draps propres.

L’hébergement en dit long finalement sur notre manière de voyager, sur nos moyens financiers, nos privilèges, mais aussi sur nos valeurs et la définition que nous donnons au voyage.

Que l’on soit en vacances estivales, en PVT, en tour du monde, en expatriation, l’hébergement va être le pivot du voyage. Après tout, ce sera notre maison loin de la maison, « home away from home » comme aimait me dire mon hôte taiwanaise.

Il suffit d’ailleurs d’un mauvais hébergement pour entacher un voyage, voire un pays tout entier. Que dire des 2 ronfleurs dans mon dortoir de 9 à Hong Kong ? De mon expérience de Couchsurfing ratée à Singapour ? Des cafards qui volent dans ma chambre balinaise ? Des nuits passées à grelotter à l’arrière d’un van ? Pour certaines personnes, ça pourrait carrément gâcher un séjour.

Pour moi, ces expériences, bien que fatigantes et parfois effrayantes sont toujours (ou presque !) matières à histoires.


Moi c’est Céline, j’ai 32 ans.

(Oui je suis vachement douée pour me présenter)

World Inn, Taiwan

Je suis née à Mulhouse, même si cela faisait plus de dix ans que je n’y avais pas habité. Et pour cause, j’étais libraire à Strasbourg pendant 5 ans avant de vendre toutes mes affaires et de partir en PVT – Permis Vacances Travail- en Nouvelle Zélande en 2015. J’y suis restée un an, puis j’ai décidé de partir à nouveau en PVT, à Taiwan cette fois, pendant une autre année. Il y a un an à peu près, je partais de Taiwan vers l’Equateur parce que j’étais tombée amoureuse, mais aussi pour apprendre l’Espagnol.

J’ai créé ce blog en 2015 justement, Take a Walk on the Wild Side (merci Lou Reed) pour raconter mes aventures à mes proches. Comme mes proches ne me lisaient pas vraiment, je me suis mise à rédiger mes articles à la fois en Français et en Anglais et à offrir des articles tantôt pratiques, tantôt plus littéraires. Par exemple, j’ai rédigé une série sur « Pourquoi tu devrais parler aux inconnus » qui fait la part belle aux rencontres, et notamment aux expériences de Couchsurfing (un site qui permet de squatter gratuitement le canapé des gens autour du monde) mais aussi des expériences de volontariat (travail de quelques heures par jour en échange du gîte et parfois du couvert).


Pourquoi j’ai choisi de voyager de manière alternative ?

Runtun Farmstay, Equateur

Au départ, si j’ai choisi de voyager en utilisant majoritairement le Couchsurfing ou le volontariat, c’était surtout pour des raisons économiques. Comme je suis adepte du slow travel, et que j’aime bien découvrir un pays pendant plusieurs mois, voire une année, l’hébergement c’est ce qui revient facilement le plus cher. C’est donc en cherchant des types d’hébergement peu couteux voire gratuits que je me suis trouvée à voyager de manière alternative, en privilégiant les auberges de jeunesse locales, en dormant chez l’habitant grâce au Couchsurfing, en faisant du volontariat. Ces expériences ont très vite changé ma manière entière de voyager : je ne voyage plus juste pour en prendre plein la vue et les papilles, mais aussi pour faire des rencontres, comprendre un pays, ses habitants, sa culture, voire apprendre une nouvelle langue.

Même si, en tant qu’introvertie, j’ai parfois besoin d’un espace clos et de voyager en solitaire, dans ma bulle, je préfère tout de même l’ambiance et les possibilités qu’offre la vie en communauté grâce à ces types d’hébergements. Je ne me verrais plus voyager autrement, ces expériences ont façonné mes voyages de beaucoup trop de manières inattendues !


Et en parlant d’histoires…


QUI A PEUR DU COUCHSURFING ?

Teotihuacan, Mexique

D’ailleurs, faire du Couchsurfing, c’est un peu comme faire de l’auto-stop, on a toujours un peu d’appréhension avant et cette impression de roulette Russe. Sur qui je vais tomber ? Comment ça va se passer ? Et si on a rien à se dire ? Et si c’est un gros relou qui va vouloir me draguer (malheureusement ça arrive beaucoup) ? J’ai déjà eu quelques expériences désagréables, c’est vrai, mais à côté de ça, j’ai vécu des moments extraordinaires, que ce soit en tant qu’hôte, en accueillant des voyageurs à Strasbourg ou en tant qu’invitée.

Récemment, à Mexico, mon hôte m’a emmené voir les pyramides précolombiennes de la cité de Teotihuacán et il m’a fait découvrir pas mal de cuisine locale (même si j’ai pas voulu essayer les fourmis dans les fajitas) ainsi que ses endroits favoris de la capitale, et surtout ses parcs préférés. La vérité c’est que quelques jours avant de m’accueillir, il avait perdu son père. J’étais un peu sa distraction, sa légèreté. Je me suis retrouvée à dessiner sur les murs de son appartement et lui faire des crêpes pour le faire sourire, l’important c’était qu’il ne reste pas seul. C’est lui qui m’a emmenée à l’aéroport lors de mon départ, et même si on ne s’est côtoyés que quelques jours, je crois bien que j’ai gagné un ami.


EN VOLONTARIAT SINON RIEN

Stewart Island Smoked Salmon, Nouvelle Zélande

En ce qui concerne le volontariat, de type Workaway, Woofing ou HelpX, où l’on travaille quelques heures par jour en échange de l’hébergement et parfois des repas, j’aime l’idée de pouvoir faire des métiers, des activités que j’aurais jamais pensé faire avant dans des lieux parfois insolites. J’aime aussi beaucoup l’idée de pouvoir donner quelque chose en retour à un pays qui m’accueille. Jardiner, dessiner, partager des repas, même de petites choses peuvent avoir de grands impacts sur la vie des gens.

En Nouvelle-Zélande, je me suis retrouvée à faire du volontariat pendant un mois dans une entreprise de saumon fumé -c’était avant que je devienne végétarienne- sur l’île de Stewart Island, la troisième île de Nouvelle-Zélande, une petite île au sud de l’île du sud, qui ne compte qu’un seul village de 300 habitants à peu près, le reste étant couvert de forêts et peuplé d’oiseaux endémiques comme le fameux kiwi, le kaka ou le tui.

Mon job, et celui des autres volontaires venant des quatre coins du monde, était de préparer le saumon à être fumé, d’abord en enlevant les arêtes avec une pince à épiler, puis en le massant de sucre roux et de poivre citronné. Une fois fumés par le patron, il fallait les découper, les emballer et les expédier sur les marchés du pays. C’était un boulot fatigant certes, mais dans un cadre magique. Les plages étaient paradisiaques, les forêts verdoyantes et j’ai même pu voir des aurores australes pour le Nouvel-An.


HEARTWARMING HOSTEL

Book & Bed, Japon

Pour ce qui est de l’auberge de jeunesse, c’est un peu le lieu de vie de la communauté des voyageurs. Un joyeux bazar où ça parle toutes les langues, où ça cuisine à toutes les sauces, un endroit vivant, inspirant, exaltant. J’adore les auberges de jeunesse, parce qu’on y rencontre toujours quelqu’un pour partager un repas, une partie de cartes, une journée de randonnée, une escapade en ville, etc.

Lors de mes voyages, j’ai séjourné dans quelques auberges de jeunesse un peu concept comme le Books and Bed à Tokyo, une chaîne d’hostels où il est possible de dormir dans des bibliothèques. A la manière des hôtels capsule, les lits sont intégrés dans les rayonnages de bibliothèques immenses, et tout est fait pour que les rats de bibliothèque puissent se sentir comme chez eux, avec de grands canapés, des plaids, du thé à volonté et des éclairages feutrés. Comme je suis libraire de formation, cet endroit ne pouvait que me plaire.

 A Christchurch, en Nouvelle-Zélande, j’ai dormi dans une auberge de jeunesse qui occupait une ancienne prison : les cellules étaient reconverties en dortoirs. Comme j’avais passé presque un mois en volontariat dans la plus vieille prison de Nouvelle-Zélande, il fallait que j’essaie la prison en version auberge de jeunesse haut de gamme!

Jailhouse Hostel, Nouvelle Zélande

J’ai séjourné aussi dans quelques éco-lodge, comme au Vietnam où le dortoir était construit en bambou, et qu’il fallait traverser un pont suspendu au-dessus du Mékong pour y accéder. Un endroit merveilleux.

A Taiwan, j’ai fait un volontariat dans un hostel qui m’a tellement plu que j’y suis restée presque une année entière… alors que j’avais prévu d’y rester deux semaines. C’était le World Inn hostel à Hualien, sur la côte est, juste à côté du parc national de Taroko. Je me suis tellement bien entendue avec mes hôtes Taiwanais et mes collègues voyageurs que cet endroit est devenu ma maison. A côté de mes 3h de ménage quotidien pour être logée, mes hôtes ont eu à cœur de nous faire découvrir la région, d’organiser des sorties dans des fermes locales, de nous initier à la culture taiwanaise et aborigène, et de se plier en quatre pour leurs clients dans leurs projets de randonnées, de tour de l’île à vélo, d’endroits à découvrir.

Mes hôtes, c’était ma famille taiwanaise : on partageait tous nos repas ensemble, ils m’ont appris des rudiments de Mandarin (au moins assez pour acheter des cigarettes et manger végétarien) et j’ai même fêté le Nouvel An Chinois avec eux et leur famille. Ils m’ont poussée à me dépasser, notamment au niveau artistique. Ils m’ont payée pour illustrer des menus lors de soirées organisées dans le but de faire découvrir les ingrédients et la gastronomie locale de Hualien, mais ils m’ont aussi aidée et encouragée à aller vendre mes cartes postales et des bredalas dans un petit marché local pour gagner un peu d’argent. Avant eux, je n’aurais jamais pensé faire quelque chose de mes dessins. Quelques temps plus tard, je dessinerais même des fresques sur des murs en Equateur.

World Inn, Taiwan

Ce type d’auberges de jeunesse, où l’on cultive la vie en communauté et la coopération existe aussi en France, comme le prouve le projet de l’Enjoy’In hostel à Mulhouse, une auberge de jeunesse qui veut faire la part belle aux rencontres entre voyageurs tout en se positionnant dans une démarche éco responsable et solidaire.

Bientôt à Mulhouse, une “home away from home”!

Vous pouvez découvrir le projet de Nathalie et la soutenir ici.


HISTOIRES D’HÉBERGEMENTS ALTERNATIFS
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