Décembre sur Stewart Island

J’vous laissais le dernier jour de novembre sur le port d’Oban sur Stewart Island. Le ciel était bleu, la mer turquoise, les Kaka virevoltaient dans les airs… Qu’est ce qu’il s’est passé depuis ?

« Hello from the other side ! »

Dead Man Beach
Dead Man Beach

Tout d’abord, j’ai revu Clémentine quelques jours après. Après deux/trois jours de beau temps, ça a été le tour de la pluie. Torrentielle. Mine de rien Stewart Island c’est pas si loin du pôle sud. Ce qui veut dire que pour l’été beau et chaud, on repassera. Du coup, Clémentine et son Monster de 20kg ont pas fait long feu sur le Northern Circuit. De la boue, de la boue. De la boue. Du coup elle s’est résignée aux parties du Rakiura Track, et nous nous sommes retrouvées pour de jolies balades, du Geocaching et des crêpes au Kiwi French Café.

Plus on papotais ce jour-là, et plus je me disais que j’avais trouvé (encore) une bonne amie sur mon chemin. Ça manque des fois de simplement s’asseoir dans un café, de manger des sucreries, de ne pas devoir faire un effort de concentration pour comprendre ou s’exprimer, d’être libre de ses expressions, et de causer, causer, causer, de la vie, du passé, d’expériences amoureuses, d’expériences de voyageuses. Clémentine, comme je l’ai déjà dit, c’est une vraie baroudeuse. L’après-midi file sans qu’on s’en rende compte. Lorsque je la dépose au ferry le lendemain, on se promet d’essayer de se recroiser.

Mais revenons à Stewart Island, et la raison pour laquelle je suis venue me perdre ici :

SISS
SISS

Stewart Island Smoked Salmon. Une petite entreprise de saumon fumé. Gérée par Gary. Mais il y a aussi Lania, qui s’occupe de la partie administrative/secrétariat, Helen, la sœur de Gary qui est venue l’aider et l’équipe de helpers. Lorsque j’arrive, il n’y a que Andy (Royaume-Uni), Julius (Allemagne) et Angela (Autriche). Angela s’en va le lendemain, vite remplacée par Isobel (Royaume-Uni) et Brenna (Singapour). Andrew sera remplacé avant Noël par Caity (Australie), qui ne restera que quelques jours et sera remplacée par Melody (Nouvelle-Zélande). Jesse (Allemagne) arrivera aussi quelques jours avant mon départ. Je fais aussi connaissance avec Nancy (Royaume Uni) avec laquelle je m’entends tout de suite. Elle a travaillé pour Gary quand elle est arrivée il y a plus d’un an. Elle occupait le Hilltop Backpacker avec nous en long terme quand je suis arrivée, mais déménageait quelques jours plus tard dans la maison du bonheur.

Cette fois-ci j’aide en échange de l’hébergement ET de la nourriture. Ce qui veut dire que je venue sur cette île paumée où y’a UN supermarché, UN bar, TROIS restos et basta, et que je vais pouvoir sauver un peu de mon budget. Parce qu’entre le colis de Noël que j’ai envoyé en France, quelques  nuits en backpackers par ci par là, la traversée en ferry qui m’a coûtée presque 200$ aller/retour, etc j’me rends bien compte qu’il va falloir que je commence à utiliser la partie WORKING de mon visa hein ! En attendant, je décide de ne (presque) rien dépenser pour un bon mois (ou plus ?) voire d’essayer de trouver des extras pour me remplir un peu les poches.

Hilltop
Hilltop

Au SISS (Stewart Island Smoked Salmon), on enlève les arêtes des poissons, on les couvre de sel, de lemon pepper et de sucre brun pour qu’ils puissent être fumés. On emballe le saumon pour les supermarchés et les marchés de Nouvelle Zélande, et on met des étiquettes sur les emballages. On fait des bouteilles de vinaigrette et d’aïoli (on casse le blender aussi), on nettoie, parfois on fait de la pâtisserie, parfois on fait du jardinage. On s’occupe aussi parfois du Hilltop Backpackers dans lequel on est tous logés.

Gary me raconte qu’il a toujours fait appel à des helpers. Il aime bien avoir le monde dans sa cuisine, regarder les groupes se former, les rôles de chacun se créer. Il croit que dans sa démarche positive, il attire des gens positifs. Il leur apporte une expérience inédite et il reçoit beaucoup en échange. Les précédents helpers ont fait le design de son logo et de ses étiquettes par exemple. Il est dans une sacré mauvaise passe par contre, Gary. Il s’est séparé de son ex-partenaire avec laquelle il a fondé cette entreprise de saumon fumé. Ils ont pas la même vision du « business » et de l’avenir de l’entreprise. Ca le tracasse, ça se voit. Il écoute ces chansons… J’suis transportée un an en arrière. Il m’en parle un peu. Je lui parle de mes expériences amoureuses foirées et foireuses. J’essaie de le rassurer. De lui dire qu’on finit toujours par se relever.

La vie sur Stewart Island s’écoule doucement. Je travaille, je fais de la pâtisserie, j’emprunte tous les chemins de balade que je peux trouver. Je cueille des fleurs pour le backpacker. Je vais me baigner dans la mer quand il fait beau. Je vais à la pêche avec les autres helpers et j’attrape deux petits Blue Cods (des cabillauds). On se fait des expéditions Aurore Australes et Kiwi Birds, mais on ne voit rien. Lors d’une de ces expéditions, Gary embourbe son 4×4 dans le fossé, et on sera pas moins de 4 à pousser pour le remettre sur la route (c’est là que je me ramasse toute une traînée de boue sur la jambe, un moment bien drôle). Le dimanche soir à 18h, c’est Quiz Night au South Sea Hotel, et les Salmon Fire (c’est le nom de notre équipe) l’emportent avec 28 points sur 40. C’est la première fois que je gagne une Quiz Night, j’en reviens toujours pas. On gagne 40$ de consos au bar, qu’on utilise pour la prochaine Quiz Night.

Y’a ce DJ aussi qu’est venu mixer un jeudi soir, un mec connu apparemment, qui a rameuté tous les jeunes (et moins jeunes) de l’île dans une salle au bord de la mer. J’y suis allée seule, les autres helpers ayant préféré jouer les feignasses. A mon grand étonnement il n’y avait que des locaux de la partie, j’ai rencontré plusieurs personnes qui sont venues me parler, spontanément. J’y ai retrouvé Nancy plus tard ce soir-là et j’ai dansé, dansé, dansé. Comme si personne me regardait, et de toutes façons je connaissais personne. C’était grisant.

Grâce à la brochure (2$) du DOC intitulée ‘Rakiura short walks’, j’ai pu m’enfiler tous les tracks de la brochure afin d’explorer les environs d’Oban. Vers la fin je me rendrais compte que non seulement j’aurais effectué les 12 short walks de Stewart Island, mais surtout que j’aurais effectué chacun d’elle au moins deux fois, voire trois (ou quatre). Mes préférés en image :

Horseshoe Bay

(où j’ai déposé Der Pirat dans une nouvelle geocache)

Horseshoe Track

Maori Beach

(la première partie du Rakiura Track)

Stewart Island est l’ancre de l’île du sud.

Wohlers Monument

Wohlers Monument Track

Fern Gully

Lors d’un week end, j’ai aussi aidé pour un mariage. Comme j’avais demandé à Nancy si elle avait une idée de où je pouvais dégoter un job ou des extras, elle en a parlé à son boss du Kai Kart (le meilleur fish & chips du monde), Holger. Ça tombe bien, c’est lui le traiteur pour le mariage à venir. Il a participé à 17 mariages en 20 ans sur l’île, aucun divorce. Il me demande mon expérience dans l’hôtellerie (« heuuu, j’ai travaillé dans une cafétéria pendant mes études ? ») et m’engage pour le week end. Munie d’un tablier noir, je ferais le service parmi ces 100 personnes habillées comme dans les années 20. J’en reconnais certaines de la DJ party, d’autres que j’ai croisées dans la rue, toutes me saluent. Une fois le buffet servi et consommé, le personnel a le droit de goûter à tout. Un repas de langoustes, de Paua Shells, de cabillaud, du pur délice. Le lendemain, j’aide Holger a nettoyer toute la cuisine. Comme l’expérience se passe plutôt bien, il va m’engager quelques heures par semaine pour aider au Kai Kart. Une sacrée expérience, j’vais apprendre à frire du poisson, des huîtres, des noix de st jacques, essayer de retenir tous ces noms de poissons et fruits de mer en anglais, apprendre à tout emballer dans du papier journal.

Kai Kart
Kai Kart

C’est comme si Stewart Island était le seul endroit de Nouvelle Zélande qui ne connait pas vraiment l’été. J’ai eu quelques journées superbes, mais la plupart du temps le ciel était gris, les tracks boueux, et la pluie pouvait surgir à tout moment. Stewart Island est un paradis qui se mérite. Par la patience, et par un regard aiguisé et ouvert.

Lever de lune incroyable...
Lever de lune incroyable…

J’ai chassé le kiwi, tellement de fois, avec mes bottes, à patauger dans la boue, dans la forêt, avec ma torche. M’arrêter, immobile, écouter. Je pense qu’on en a entr’aperçu un une fois, sur le terrain de rugby. Il courait dans les fourrés. On a entendu leur chant, la nuit, lorsqu’on se baladait dans la forêt. C’est mieux que rien. Par contre, j’ai vu pleins de Tui Birds et de Kaka, tous les jours. D’ailleurs, les Kaka aimaient venir nous embêter tous les soirs pour réclamer un bout de pomme.

2016 a ouvert ses portes au bord de la plage, avec ce groupe qui jouait devant le South Sea Hotel. Un immense feu de joie irradiait le ciel sur la plage. La nuit était claire et fraîche, les étoiles filaient. Vers 2h du matin, je filais vers Observation Rock, enchantée par la rumeur d’une aurore australe. Au sommet du rocher, je ne vois pas grand-chose avec mes yeux nus. Julius, équipé d’un bon appareil photo me montre le ciel. Ce vert qui danse, ces violets, c’est superbe. Je suis reconnaissante de cette nuit superbe qui annonce une année 2016 colorée.

Cependant, mon départ de l’île se fera avec un goût amer dans la bouche. Avec Brenna, nous sommes « jetées dehors » deux jours avant notre départ. Les raisons seraient trop longues à expliquer clairement ici. Toujours est-il que mon travail n’était pas en cause, plutôt mon comportement. Qui s’explique dans chaque situation, mais comme le dialogue n’est pas chose courante au SISS, les choses se sont envenimées sans que j’en prenne conscience. Quelques semaines avant, c’est Andy qui se faisait jeter. J’ai jamais vécu ça avant, dans mes expériences HelpX. Je suis littéralement soufflée, dégoutée. Avec Brenna nous trouvons un hébergement d’urgence dans la maison du bonheur de Nancy. Holger, le boss du Kai Kart nous offrira champagne et fish & chips pour nous réconforter. On change nos tickets de ferry, on doit rentrer plus tôt que prévu. On finira par avoir une longue explication de 2h avec Helen. Au final, on réalise que tout est une histoire de problèmes de compréhension, de barrière culturelle, voire de barrière de langage. Émotionnellement je suis une épave.

Mais ce dimanche matin, après une traversée en ferry un peu agitée, mon ventre noué se calmera dans le bus qui me ramène à Invercargill et au Southern Comfort. Je ressens clairement, nettement, mon esprit qui s’apaise, mes muscles qui se dénouent. J’avais attrapé ce qu’on appelle « the island fever », le moment où l’on tourne en rond comme un lion en cage dans cet espace restreint.

Je ressens très clairement l’espace s’élargir alors que le bus enfile les quelques kilomètres qui séparent le port de Bluff d’Invercargill. Ici, il y a assez de place (et bien plus) pour mes rêves et de nouvelles aventures.

Voyons les choses en grand.

CE QUE J’Y AI APPRIS

  • Les mots « yolks », « to stroke », « to pin bone », « blue cod », « scallops », « moth », « drawing from a hat », « Schwanzkopf », « Schwanzkuchen », « Gebaden ! », « cobweb » et « spiderweb » c’est pas pareil, « 1 fish, 2 fish, 3 fish » et c’est pareil pour les « sheep » y’a pas de pluriel, et enfin savoir comment utiliser correctement « I reckon » (en fait on peut pas se tromper)
  • Que quand il pleut et que tu te fais chier, les puzzles sont tes amis
  • Préparer le saumon à être fumé (enlever les arêtes avec vitesse et précision, ajouter le sel, le lemon pepper, masser le poisson avec le sucre brun)
  • Découper et emballer les saumons pour les marchés et les supermarchés (en utilisant le vacum qui me rappelle étrangement la cellophaneuse du Virgin)
  • Cuisiner la vinaigrette et l’aïoli de Gary
  • Cuisiner des scones et des muffins à la chaîne pour Helen
  • Si les plages sont quasi désertes quand il fait chaud, c’est aussi parce que les sandflies sont de sacré putes.
  • Quelques noms de la musique underground kiwi : Shapeshifters, Kora, Fat Freddys Drop, etc.
  • Le drapeau qui possède les 4 saisons c’est celui de la Corée du Sud (merci la Quiz Night)
  • Les jeux de carte YANIF (merci Caity !) et Question master
  • J’ai presque réussi à jouer ‘The Horse with no name’ à la guitare
  • C’est pas parce que le soleil brille et qu’il fait chaud quand tu t’en vas pour une marche de quelques heures, que ça va rester comme ça. Tu risques de passer 2h à marcher sous la pluie pour rentrer à la maison. En short et débardeur. Avec de la boue jusqu’aux genoux.

Y ALLER :

FERRY STEWART ISLAND EXPERIENCE – Port de Bluff – Port d’Oban

STEWART ISLAND SMOKED SALMON, 11 Miro Crescent, Oban

HILLTOP BACKPACKER, 15 Whipp Place, Oban, Stewart Island

KIWI FRENCH CAFE, 6 Main Rd, Oban

KAI KART, 7 Ayr St, Oban, Stewart Island

SOUTH SEA HOTEL, 26 Elgin Terrace, Oban

WALKS RECOMMANDES PAR LE DOC (mes préférés : Maori Beach, Fern Gully, Horseshoe Bay, Wholer’s Monument) –  Jensen Street, Oban

SOUTHERN COMFORT BACKPACKER (BBH), 30 Thomson St, Invercargill

Décembre sur Stewart Island

4 thoughts on “Décembre sur Stewart Island

  • Pingback: Les claques de Singapour – Take a Walk on the Wild Side

  • 14 October 2016 at 0 h 27 min
    Permalink

    Bonjour J’ai lu ton expérience au sujet de ce woofinf au stewart island smoked salmon. Je suis étonnée par la manière dont ils vous on expulsés. Je me disai, en lisant le début de ton récit, que ça avait l’air d’etre un woofing sympa. Au final tu ne le recommandes pas du coup?

    Reply
    • 14 October 2016 at 3 h 23 min
      Permalink

      Hey Sophie!
      Alors, je suis restée en contact avec Helen, la sœur du gérant des lieux, et apparemment les choses ont bien changées. Je pense que notre groupe était un peu le groupe de ‘transition’ et que nos doléances ont été entendues. Maintenant, c’est Helen seule qui gère la baraque: il n’y a plus de soucis de Wi-Fi, les helpers sont moins traités en employés et aident aussi à d’autres tâches comme le jardinage ou la réparation. La restriction d’eau chaude a l’air finie aussi. Et ils ont raccourci le temps de HelpX à 3 semaines au lieu d’un mois. Du coup, si tu as envie d’explorer Stewart Island, je te recommande quand même d’y aller. Ou en tous cas de te faire ton propre avis 🙂
      Le fait qu’on se soit fait ‘jetés’ tenait beaucoup d’un manque de compréhension et de cet aspect ‘transitoire’ de la politique du lieu. Helen venait de débarquer pour aider son frère, qui avait l’air de sombrer doucement dans la déprime, elle commençait tout juste à prendre de plus en plus de responsabilités au SISS, ce qui énervait Gary aussi quelques fois. Je me suis expliquée plusieurs fois avec Helen depuis, et je pense que ça a aussi joué pour que les choses changent. Mais tu peux te faire une idée en regardant les derniers commentaires sur HelpX!

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  • Pingback: UNE VIREE DANS LES MILFORD SOUNDS – Take a Walk on the Wild Side

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