CULTURES SAUVAGES #2 – VIS MA VIE DANS UNE PRISON EN NOUVELLE-ZÉLANDE



Cultures Sauvages c’est une émission de la Radio Eponyme, une radio locale Mulhousienne. L’émission s’est créée en 2017 et propose des interviews culturelles notamment autour de la musique et de la littérature. Depuis Octobre 2019, j’y fais tous les mois une petite chronique autour de mes baroudes accompagnée d’un dessin illustrant mes aventures.


Read me in English, baby!


L’émission du 6 novembre 2019 avait pour thème “Post – Halloween” et tu peux l’écouter dans son intégralité juste ici :

Cultures Sauvages Saison 3 #3 – Post – Halloween


FAIRE DU VOLONTARIAT DANS LA PLUS VIEILLE PRISON DE NOUVELLE-ZÉLANDE


Comme la saison s’y prête bien avec Halloween, j’ai un sujet tout trouvé qui marie à la fois la couleur orange, les fantômes, les psychopathes, les meurtriers, des pendus et des menottes. T’as trouvé ? En fait, je vais te parler de la fois où j’ai vécu dans une prison.


Non pas que j’aie été une criminelle dans ma vie passée, mais plutôt que je me suis retrouvée à faire un volontariat dans la plus vieille prison de Nouvelle-Zélande, à Napier, une petite ville en bord de mer entourée de vignobles. La ville de Napier se trouve sur la côte Est de l’Île du Nord, et elle a été ravagée par un tremblement de terre en 1931. La plupart des édifices ont ainsi été reconstruit à la mode de l’époque, c’est-à-dire avec une architecture Art Déco, ce qui en fait l’une des villes les plus touristiques du pays, inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco ! Quant à la prison, elle a tenu le coup, même si on peut encore voir de belles fissures qui lézardent les murs.

La prison de Napier a ouvert ses portes en 1862 et les a fermées définitivement en 1993. Rachetée en 2002, elle a été tour à tour décor pour une émission de téléréalité appelée « Redemption Hill » qui voulait montrer à de jeunes délinquants la vie qu’ils risquaient de vivre en taule s’ils continuaient de faire les kékés, puis une auberge de jeunesse où les voyageurs pouvaient dormir dans des cellules réaménagées. Elle aurait aussi été le siège des Alcooliques Anonyme, une unité psychiatrique, mais aussi un orphelinat et un phare, comme Napier est une ville en bord de mer, et que la prison se situe juste en haut d’une colline.

Aujourd’hui, la prison est devenue un musée historique qui offre aussi des « scary tours », c’est-à-dire des visites horrifiques avec une bonne dose d’anecdotes glauques et flippantes sur les meurtriers qui y ont séjourné et les fantômes qui continuent de hanter les lieux. Lors de ces visites nocturnes, des acteurs terriblement bien maquillés se cachent dans les coins et sous les lits pour faire frissonner et sursauter le public. 

Il faut dire que la prison a de quoi envoyer des frissons là où il faut : elle a abrité de nombreux criminels dangereux, des chefs de gangs, des rebelles maoris, ainsi que des condamnés à mort.


L’entrée de la prison de Napier

Mais laisse-moi d’abord te faire un petit tour de la prison de Napier. Avant d’entrer dans l’enceinte, on fait face à une grande double porte en bois foncé, intégrée dans un mur en pierre serti de barbelés. Evidemment, il faut sonner pour entrer, et le staff ouvre d’abord le judas, cette petite ouverture d’une vingtaine de centimètre dans la porte en bois pour s’enquérir des intentions des visiteurs. Tu montres patte blanche ? La porte s’ouvre ?

Bienvenue à la prison de Napier !

Juste à côté de l’entrée, il y a une petite maison blanche, mais c’est loin d’être une maison de vacances puisqu’il s’agit de « The Pound », la cellule d’isolement où les prisonniers étaient isolés dans le cas où ils enfreignaient le règlement intérieur (lequel interdisait de rire ou de parler fort, imagine l’ambiance). Ils pouvaient y rester jusqu’à deux semaines, à devoir dormir par terre, sans vêtements. Le grand luxe c’est que des toilettes et une douche y ont été ajoutés dans les dernières années avant la fermeture de la prison, avant ça, tu pouvais juste dormir dans ta pisse froide.

Plus loin, sur ta droite, juste après « The Pound », il y a la réception. C’est là où je travaillais, où je t’accueillais avec le sourire et mon accent français, que je te refilais un audio guide, prenait tes empreintes digitales et que je te photographiais en belle tenue orange si d’aventure tu voulais garder un souvenir impérissable de l’endroit. Une fois ton audio guide et ta carte en main, tu peux entrer dans la cour principale après un saut aux toilettes et aux douches extérieures, mais gare à tes fesses, on m’a dit qu’ils sont tous hantés par d’anciens prisonniers !

Ensuite, tu fais face au bâtiment principal avec les cellules, en forme de U, tout autour de la cour. C’est possible de jeter un œil dans la plupart des cellules, certaines mises en scène, d’autres laissées plus ou moins en l’état. On en apprend un peu sur certains détenus, notamment Te Kooti, un chef Maori accusé d’être un sympathisant rebelle par les colons Européens qui fit un court séjour dans la prison en 1866 avant d’être envoyé en exil sur les îles Chatham sans procès. Il s’en échappa et s’engagea dans un combat féroce contre le gouvernement, lequel lui offrit le pardon comme gage de paix, lorsque les luttes cessèrent.

On s’engouffre ensuite dans l’aile Sud, l’ancien couloir de la mort. Il n’y a eu que 4 exécutions à la prison de Napier, la peine de mort ayant été abolie en 1961. D’ailleurs, à la prison, il y a un petit cimetière, où les prisonniers étaient enterrés verticalement, pour empêcher leurs âmes de reposer en paix. Le gibet où étaient pendus les prisonniers a été reconstitué dans la petite cour attenante à l’aile Sud. A l’époque, les pendaisons étaient publiques, les citoyens et citoyennes pouvaient y assister en s’asseyant sur les murs de l’enceinte. Aujourd’hui, on préfère y admirer l’océan – ce qui est quand même vachement moins glauque.


C’est ici que se trouve le cimetière

En 2015, alors que je voulais explorer la région de Hawkes Bay, j’ai donc trouvé un volontariat dans cette prison, qui, en échange de plus ou moins 4 heures de travail par jour m’offrait le gîte… en cellule ! J’ai donc emménagé dans la cellule 17 du bâtiment qui autrefois servait de couloir de la mort, dans l’aile Sud. J’avais une petite lucarne au-dessus de mon lit, avec des barreaux évidemment, et une lourde porte en métal avec un loquet maintenu fermé par un cadenas.

C’était la plus petite cellule, mais ça m’allait bien comme il paraît que la prison est hantée… j’étais sûre que rien de surnaturel ne pouvait se faufiler dans un recoin sombre pour m’empêcher de dormir. Quelques années auparavant, l’équipe des Ghosts Hunters, une émission de télévision plutôt célèbre avec des chasseurs de fantômes était passée à la prison avec leurs détecteurs d’activités surnaturelles pour savoir si d’anciens détenus hantaient encore les lieux. Ainsi donc, le tueur en série Roland Edward se balade toujours dans le coin, surtout vers le 15 juillet, le jour où il a été exécuté.

Pendant mes trois semaines de vie en prison, je n’ai rien vu, ni rien entendu, même en allant pisser dans les troisièmes toilettes de la cour en pleine nuit, ceux qui sont réputés pour être hantés. Bon, j’y ai quand même senti des frissons sur le haut de la nuque, mais peut être que c’était juste un coup de vent. Le seul qui soit arrivé à me faire sursauter, c’est Basil, le chat roux de la prison, qui se balade dans les couloirs et fait grincer les portes sur son passage, surtout quand il se rend dans la cuisine, tout au bout du couloir de la mort.


Des électriciens en tenue de de détenus

A la prison, j’ai aussi vécu une des soirées les plus improbables de ma vie. Le lieu avait été privatisé lors d’une soirée pour une convention d’électriciens, lesquels sont tous venus habillés de rayures noires et blanches, comme des prisonniers du début du siècle. Les volontaires et le personnel étaient eux aussi de la partie, nous avions le rôle de matons! Habillés en chemises et costumes, on nous a aussi remis des menottes, et nous étions chargés de semer la terreur parmi les électriciens. Lors de cette fête, des visites horrifiques étaient aussi organisées, avec toute l’équipe d’acteurs qui étaient là habituellement pour les « scary tours ». Je me suis évidemment jointe à eux pour me cacher et effrayer ce public à rayures. Dans la cour principale de la prison, sous une grande tente, un groupe de musique classique jouait du violon habillé en robes du XIXème siècle. A côté, petits four et alcool coulaient à flot. L’ambiance était électrique et bon enfant, une atmosphère très inhabituelle pour une prison. La fête a duré jusque tard dans la nuit.


Dans une cellule

Mais c’est comme ça à la prison de Napier maintenant, on en apprend beaucoup sur l’histoire de la ville et de la criminalité en Nouvelle-Zélande tout en s’amusant. Surtout en s’amusant. Et pour les plus courageux, il faut savoir que depuis peu, la prison organise des Escape Game de nuit dans les locaux, ces jeux de rôle grandeur nature où l’on doit sortir d’un lieu clos en ayant résolu un certain nombre d’énigmes.


J’y ai vécu trois semaines dans cette prison, en prenant mes petits déjeuners dans la cour principale, en allant faire mes courses en ville habillée de ma tenue orange pour faire de la pub, et en admirant le ciel fou de Nouvelle Zélande au coucher du soleil depuis le mur d’enceinte.

Je m’y suis faite des amis exceptionnels, avec lesquels je suis encore en contact aujourd’hui, et on pourra dire ce que l’on veut de cette expérience d’apparence glauque ou effrayante, mais j’y ai vécu certains de mes meilleurs moments de mon voyage en Nouvelle-Zélande… En même temps, j’ai toujours été cliente des endroits insolites et des petites frayeurs.


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Ma tenue préférée pour aller faire les courses

CULTURES SAUVAGES #2 – VIS MA VIE DANS UNE PRISON EN NOUVELLE-ZÉLANDE

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