CULTURES SAUVAGES #1 – MON APPRENTISSAGE DE L’ESPAGNOL EN EQUATEUR


Cultures Sauvages c’est une émission de la Radio Eponyme, une radio locale Mulhousienne. L’émission s’est créée en 2017 et propose des interviews culturelles notamment autour de la musique et de la littérature. Depuis Octobre 2019, j’y fais tous les mois une petite chronique autour de mes baroudes accompagnée d’un dessin illustrant mes aventures.

(Read me in English, baby!)


L’émission du 2 décembre avait pour thème “La Transe” et tu peux l’écouter dans son intégralité juste ici :

Cultures Sauvages Saison 3 #1 – La Rentrée


MON APPRENTISSAGE DE L’ESPAGNOL EN IMMERSION

Aaah la rentrée, les cartables neufs, l’odeur du t-pex, les profs relous, les devoirs… Une fois adulte, le sentiment de rentrée on le met bien vite derrière soi, sauf si on fait des gosses ou pire ! qu’on décide d’être prof. Enfin c’est ce que je croyais, jusqu’à ce que je me rende compte que même adulte on a envie d’apprendre des trucs, et que même adulte on se retrouve parfois à suivre des cours et avoir des devoirs !

La dernière fois que j’ai décidé de m’infliger le bonheur d’avoir des devoirs, c’était il y a un peu plus d’un an, fraîchement arrivée en Equateur sans parler un traître mot d’Espagnol. J’ai très vite capté que Duolingo c’était bien cool pour avoir des conversations sur le chat qui boit du lait – el gato bebe leche-, mais que ça n’allait pas m’avancer beaucoup pour demander mon chemin, voire passer à des conversations un peu plus intimes avec les gens du coin.


Alors j’ai décidé d’apprendre l’Espagnol en immersion. Je suis allée faire du volontariat dans une ferme près de Baños, une centaine de kilomètres au sud de Quito, la capitale de l’Equateur. La ferme se situait dans un tout petit village au milieu des montagnes, d’ailleurs, les jours de beau temps on pouvait apercevoir le volcan Tunguraroa au loin avec son sommet tout enneigé.

Dans cette ferme vit Monica, une charmante jeune femme professeur d’Anglais pour les enfants du village, qui allait aussi être ma prof d’Espagnol. Il y avait aussi Holger, son mari, maraîcher et guide de treks en haute montagne, leur petite fille Emilie, 4 ans, qui adore dessiner et manger des crêpes, et les parents de Monica, Wilo el abuelo et Alba la abuela. Dans la famille, seule Monica parle Anglais couramment. Et Emilie m’impressionne, elle sait compter jusqu’à 100 en Anglais et jusqu’à 10 en Français. En plus de cette famille Equatorienne, je partageais ma chambre avec d’autres volontaires, venant des Etats-Unis, des Pays Bas, d’Angleterre, de France, d’Autriche… Une vraie auberge espagnole pour le coup !

La vie n’était pas si simple à la ferme. Il n’y avait pas de chauffage, il faisait parfois très froid la nuit, au point de dormir tout habillée dans mon sac de couchage avec une montagne de couvertures dessus. Le travail était physique, il fallait s’occuper de récolter les tomates et de désherber les champs de babaco, ce gros fruit vert au goût de champagne, dont les cultures étaient éparpillées sur différents flancs de montagne. On travaillait en pente, et il nous fallait parfois une bonne demi-heure de marche pour y arriver. Mais sur le chemin du retour on trouvait parfois des mûres et des framboises à boulotter avant le déjeuner.

On partageait tous les repas ensemble et j’adorais aider à la préparation. La famille était végétarienne alors je pouvais enfin goûter des spécialités équatoriennes sans poulet ! Mais ma spécialité préférée c’était sans aucun doute la colada morada, une boisson épaisse et chaude d’un violet profond, préparée avec des babaco, de la cannelle et de la farine de maïs noire. Une boisson douce et sucrée, aussi réconfortante qu’un vin chaud après une longue journée de travail.



Mes après-midis étaient consacrés à mes leçons d’Espagnol avec Monica. Enfin, je commençais à saisir le présent, le futur, tout en galérant avec le passé (Rafiki dans Le Roi Lion avait raison : le passé, c’est vraiment douloureux). Au fur et à mesure que l’Espagnol prenait forme sur ma langue, je sentais une liberté s’emparer de moi. Le pouvoir des mots. Poco a poco, petit à petit, je pouvais raconter mon histoire, ce qui se bousculait dans mon cœur, dans mes tripes. On parlait de nos vies respectives, en France et en Equateur. Mais aussi d’amour, de livres, de politique, d’écologie. Enfin, on pouvait avoir de vraies conversations – même s’il y avait pleins de fautes et de maladresses dedans.

Au départ je ne devais rester qu’une semaine dans cette ferme. Et puis finalement je suis restée 3 semaines, jusqu’à la fin de mon séjour en Equateur : c’est toujours comme ça. Les gens, leurs sourires, leur bienveillance me font rester, on essuie des larmes le jour du départ, comme si un bout de cœur s’arrachait. J’en ai d’ailleurs laissé un petit bout, sur le mur de la salle à manger, accroché à mes grues en papier. Je ne sais pas si cette famille pense à moi de temps en temps. Moi pour sûr je n’oublierais pas mes soirées à dessiner et faire de la pâte à modeler avec Emilie tout en apprenant de nouveaux mots. Je n’oublierais pas les sentiers boueux, les alpacas, le goût du maïs toasté.

Aujourd’hui je galère pas mal avec mon Espagnol, il n’y a rien de comparable avec la vie que je vivais à la ferme, avec ces éclairs de compréhension, ce sentiment d’extase d’être comprise par le chauffeur de bus et de pouvoir commander un chocolat chaud. Il n’y a rien de comparable avec le fait de vivre une langue, au lieu de juste l’apprendre.


Je vous souhaite à tous de vivre un apprentissage aussi enrichissant que mes quelques semaines dans les montagnes Équatoriennes. Bonne rentrée à tous, et n’oubliez pas d’aller faire un tour de votre côté sauvage !


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