LA FOIS OÙ J’AI VENDU DES BREDALAS SUR UN MARCHÉ D’ARTISANS À TAÏWAN


En bonne alsacienne, je tiens beaucoup à la tradition des bredalas pendant le mois de décembre. Pour les lecteurs non alsaciens, je rappelle que les bredalas -ou bredeles comme on dit dans le Bas-Rhin- sont les petits gâteaux de Noël que tout le monde cuisine et s’échange au long du mois de décembre.

Il y en a des sablés, d’autres à la cannelle, d’autres encore à la confiture, en forme d’étoiles, de lunes, de cœurs, de rennes, et j’en passe. On en trouve de toutes formes et de toutes sortes lors des Marchés de Noël qui enchantent chaque ville et chaque village de notre belle région.

(Read me in English, baby!)



La tradition veut que l’on en cuisine tout le mois de décembre, et que l’on en apporte chez nos amis, notre famille, voire que l’on s’en échange : je t’apporte de Zimmsterne (étoiles à la cannelle) et je te pique des Spritzbredeles (des torsades à la poudre d’amande) !

Même à l’époque où je vivais dans mon petit studio Strasbourgeois avec un mini four, je me suis toujours adonnée à cette tradition vernaculaire, quitte à y passer la journée, fournées après fournées, pour déguster des petits gâteaux avec mon thé à la fin des journées d’hiver. J’y suis tellement attachée à cette tradition que je n’ai pas pu m’empêcher de l’embarquer avec moi en Nouvelle-Zélande puis à Taïwan ! D’ailleurs, je voyage toujours avec un peu de cannelle avec moi pour agrémenter mes fruits et cuisiner des desserts pour mes hôtes ou mes amis.


Il y a quatre ans, je me rappelle m’être procurée des emporte pièces dans un Charity Shop avant d’embarquer pour la petite île de Stewart Island, troisième île de Nouvelle-Zélande, où j’allais passer mon mois de décembre à découper du saumon fumé. Mon Noël Kiwi a donc été rempli de petits gâteaux alsaciens, alors même que je vivais dans un village de moins de 300 habitants – le seul village de l’île- au milieu de forêts et d’oiseaux endémiques.



Il y a deux ans, à Taïwan, je vivais dans une auberge de jeunesse avec une cuisine plus qu’équipée : quelle chance que mon hôte Una et sa sœur Nicole aiment cuisiner autant que moi ! A mon grand bonheur il y avait une grande variété d’emporte-pièces, et même en forme de la tête d’Hello Kitty ! Comme il n’était pas possible de trouver tous les ingrédients, je me suis contentée de faire les traditionnels sablés de Noël, avec quelques variantes : j’ai ajouté de la poudre de Matcha au mélange de base, créant ainsi des bredalas aussi verts que délicieux. Les Taïwanais ne mangent pas très sucré donc j’ai dû adapter ma recette, utilisant plus de cannelle ou de Matcha que de sucre, tout en les garnissant d’un peu de sucre glace coloré en rose. Oui, à Taïwan aussi ils aiment tout ce qui est kawaii (ça veut dire mignon en Japonais).



Pour notre Noël à l’auberge de jeunesse du World Inn, j’avais invitée deux amies chères à mon cœur, Jayne, une Britannique et Nikita, une Canadienne, toutes deux professeurs d’Anglais respectivement à Taipei et à Kaohsiung. Il y avait aussi le couple de gérant de l’auberge, Una et Aga, Nicole, mon collègue Québécois Vincent et Mona, une amie Suisse de mes hôtes. Nous avons tous passé la journée derrière les fourneaux, pour finir avec un repas à 6 plats !

Il faut savoir que l’on ne fête pas vraiment Noël à Taiwan, il n’y a que 5% de Chrétiens, la majorité de la population étant de confession Bouddhiste ou Taoïste. Il s’agit d’une fête commerciale de plus, prétexte à mettre des décorations et des sapins dans les vitrines des magasins et à vendre beaucoup d’objets inutiles. D’ailleurs Taipei accueille tous les ans un village de Noël avec beaucoup d’évènements et d’installations lumineuses. Ainsi, pour mes amis Taïwanais, c’était la première fois qu’ils célébraient Noël à la manière Occidentale c’est-à-dire… en mangeant et en buvant jusqu’à ce qu’explosion s’en suive. Je le découvrirais plus tard, mais les Taïwanais ont de quoi rivaliser avec le Noël à l’occidentale : le Nouvel-An Chinois ressemble à un repas de Noël qui dure pendant une semaine.

J’avais été désignée comme la dessinatrice de l’auberge, puisque j’avais illustré plusieurs carnets de recettes pour des dîners qui avaient eu lieu tout l’été. Una m’a alors encouragée à dessiner la recette des bredelas pour en donner un exemplaire à chaque invité. Notre Noël avait quelque chose d’improbable et de familier à la fois. Ça parlait toutes les langues ce soir-là, Mandarin, Anglais, Français, Allemand, Espagnol, il y avait du vin chaud et du fromage, mais aussi du curry végétarien et de la quiche au tofu. La gourmandise et les éclats de rire chauds n’ont définitivement pas de frontières.



Mais revenons à mes bredelas. Courant janvier, Una a eu vent d’un marché d’artisans à Hualien -la ville où nous vivions, sur la Côte Est- qui voulait faire découvrir les différentes cultures des expatriés et les présenter aux Taïwanais. Ce petit marché était l’initiative d’une Taïwanaise épouse d’un Américain. Elle souhaitait que les habitants de la ville fassent connaissance avec les expatriés de la région et que ceux-ci puissent présenter certaines de leurs spécialités. Una était tout excitée ! Il fallait que nous y participions et que nous vendions des bredelas, des mousses au chocolat et les cartes postales que je passais mon temps à dessiner !



J’ai donc cuisiné des brassées de bredalas pendant des jours entiers, j’ai eu des problèmes de mousse au chocolat dont le chocolat ne fondait pas bien et j’ai dû en refaire en pleine nuit, la veille du marché. Mais j’étais bien entourée. Una avait imprimé mes cartes postales sur du beau papier et nous avions préparé des affiches avec les prix, une caisse pour rendre la monnaie et un peu de décoration pour mettre en valeur mes créations.

Toute l’après-midi nous avons fait connaissance avec les habitants d’Hualien et les autres expatriés. Il y avait de la citronnade, des plats de Côte d’Ivoire, des bijoux, etc… Et j’ai vendu toutes mes mousses, tous mes bredalas, et une dizaine de cartes postales ! Le succès a été tel que nous avons renouvelé l’expérience en mai suivant, un mois tout juste avant mon départ de cette belle île.



Il faut quand même que je te dise que je n’avais jamais, ô grand jamais imaginé que mes petits gâteaux ou ma mousse au chocolat puissent rencontrer un quelconque succès en dehors de mon cercle d’amis, mais alors les vendre ? Mais qui achèterait ça ? Je ne parle même pas de mes petites cartes postales, dont je n’avais pas la confiance suffisante pour les montrer à des inconnus… Mais voilà, je n’étais pas en France, et mes petits gâteaux alsaciens n’étaient pas connus par ici, et sous les encouragements et la tutelle de Una, je me suis prise au jeu. Après tout pourquoi pas ? Un jour peut-être je t’expliquerais toutes ces choses que l’on ose lorsque l’on sort de son cadre de référence.


Virginia Woolf parlait d’avoir une chambre à soi comme espace de création. Moi je n’avais même plus de maison, j’avais tout vendu, je n’appartenais plus à nulle part. Mais Una m’a fourni ce que j’avais rarement eu jusqu’à présent : du temps dédié pour la création.

Le matin, alors que j’allais m’atteler aux tâches ménagères, elle m’installait à la table du salon et me disait « comme il n’y a pas beaucoup à faire aujourd’hui, tu vas dessiner ! » C’était elle, c’était cette auberge, c’était cette chaleur Taïwanaise ma chambre à moi.



LA FOIS OÙ J’AI VENDU DES BREDALAS SUR UN MARCHÉ D’ARTISANS À TAÏWAN
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