Au Sud de l’île du Sud

Dimanche matin. Je descends du bus qui m’a ramenée à Dunedin. J’ai encore la tête qui tourne de Portobello et ses soirées. Ma pancarte est prête. Aujourd’hui, je fais du stop jusqu’à Invercargill, tout au sud de l’île du sud, parce que le lendemain matin je traverse le détroit de Foveaux pour Stewart Island.

Stewart Island : 35 km. Là bas.
Stewart Island : 35 km. Là bas.

Je transbahute Monster le long de cette route à la recherche d’un bon spot où lever mon pouce. Un panneau Invercargill ! Une zone de stationnement le long du trottoir ! Je lève mon pouce à peine une dizaine de minutes et voilà que Thomas s’arrête. Il s’apprête à rentrer chez lui, à Invercargill. Il bosse dans une entreprise appelée Trucks Stop, il se balade dans toute l’île du sud pour le boulot. Il a passé le week end à Dunedin. Il n’aime pas trop la route jusqu’à Invercargill, qu’il trouve ennuyeuse. Du coup, il est tout content d’avoir de la compagnie.

Il me met tout de suite à l’aise. On parle de mille et un trucs, le courant passe bien. Il décide que tant qu’à faire, c’est mieux de prendre la Scenic Route (route panoramique), pour que j’en puisse prendre pleins les yeux lorsqu’on va traverser les Catlins. Parce que c’est son endroit préféré en Nouvelle Zélande. Je suis vraiment touchée par l’attention, sachant que traverser les Catlins fait quand même un détour de 30 min/1h, et sur 3 heures de route, c’est pas rien. Quand il me dépose à l’I-Site, il me donne sa carte pour que je le contacte quand je reviendrais de Stewart Island. Il a d’autres endroits à me montrer. Je souris. Finalement ne pas avoir de voiture ça a aussi son avantage.

Je m’installe au Southern Comfort Backpackers à Invercargill. C’est Carmen, une allemande rencontrée à Napier qui me l’a conseillé. Effectivement, j’aime le côté maison victorienne, qui me rappelle le Verandhas, le Endless Summer Lodge ou encore le Dorset House. J’ai de la chance, je suis même surclassée en chambre double ! Je pars explorer le coin, Tomas m’a dit d’aller voir les Tuataras au Southland museum. Les Tuataras sont de petits reptiles endémiques de Nouvelle Zélande,  et bien qu’ils ressemblent à des lézards, ils font en fait partie d’une autre famille qui regroupe à la fois les lézards et les serpents. C’est une espèce menacée, et particulièrement importante puisqu’elle existait déjà il y a 200 millions d’années (ouais, je sais, c’est la putain de grande classe). L’autre particularité, c’est qu’ils ont un 3ème œil, apparemment photosensible.

Derrière le musée s’étendent les Queen Gardens, où la balade est très agréable en cette fin d’après-midi. Il y a même une immense volière avec pleins de perroquets et d’oiseaux endémiques. Je me balade ensuite dans la ville en elle-même, qui compte quelques bâtiments plutôt cools, dans un esprit art-déco.

Revenue au backpacker, Gary toque à ma porte. Gary je l’ai croisé dans la cuisine quand je suis arrivée. C’est un écossais qui s’est installé en Nouvelle Zélande y’a au moins 30 ans. Il a un accent à couper au couteau, sûrement un mix entre l’accent écossais, l’accent kiwi et l’accent que t’as quand t’as quelques dents en moins. Il parle un peu français. On rigole bien. Il est venu quelques jours à Invercargill parce que y’avait des courses de moto. Gary, il kiffe la moto. Quand il toque à ma porte il me demande si j’ai une voiture. « Non ? Ben allez viens je t’emmène on va faire un tour à la plage ! » Là, il m’emmène à Oreti Beach, une plage où tu peux rouler dessus avec ta voiture (comme dans le Northland ! Je n’arrêterais pas, d’ailleurs, de faire le jeu des ressemblances entre le Southland et le Northland.) et où y’a eu des courses de moto ce week end. C’est la fin de la journée, mais comme on est en été, le soleil ne se couche pas avant 21h30-22h. C’est superbe ici.

Ensuite, Gary m’emmène à Bluff, la ville la (presque) plus au sud de l’île du sud. On grimpe sur Bluff Hill et là on a une vue à couper le souffle sur Stewart Island et la baie. Le soleil se couche doucement et le ciel se teinte de roses et d’orangés éclatants. On passe par Stirling Point pour que je puisse faire une photo comme à Cape Reigna (qui se trouve à 1 401km). J’étais pour la première fois à Cape Reinga il y a un peu plus de 3 mois. On peut dire maintenant que j’ai traversé la Nouvelle Zélande du Nord au Sud (même si j’ai encore pleins de trucs à voir sur les côtés et vers le milieu). Je suis un peu émue, je pense à Anaïs, avec qui j’avais partagé la découverte du Northland. Et je suis reconnaissante d’avoir trouvé Gary sur mon chemin, sinon j’aurais probablement loupé les panneaux de Bluff. Dans la voiture, Gary m’explique qu’il a laissé sa femme à la maison mais il est pas tranquille, elle a une tumeur au cerveau, inopérable, et du coup elle oublie beaucoup de choses. D’ailleurs, depuis que les médecins lui ont découvert la tumeur, ils vivent plus en colocation qu’autre chose. Tout son comportement a changé, ce n’est plus la même personne. Il a quand même laissé des Post-It partout et des numéros de téléphone en cas d’urgence. Mais il me dit qu’il avait besoin de ce « time off », loin de tout ça.

Vue depuis le Bluff Signpost. Pas de retouches.
Vue depuis le Bluff Signpost. Pas de retouches.

Le lendemain matin, je prends le bus devant l’I-Site, puis le ferry. Selena m’a raconté que quand elle a traversé, il y a quelques semaines de cela, la mer était si agitée que la plupart des passagers se sont mis à vomir. Elle m’a dit que c’était la traversée la plus horrible de sa vie. J’ai jamais eu le mal de mer, mais quand même, j’appréhende un peu. Il semble faire beau aujourd’hui, je croise les doigts pour que la mer soit calme. Dans la navette pour le port de Bluff, je rencontre Clémentine. C’est une française aussi. Elle va sur Stewart Island pour randonner le Northern Circuit, un track de 10 jours de marche. Le backpack de Clem il ressemble encore plus à Monster que mon Monster. En même temps, il lui faut à bouffer pour 10 jours, un réchaud, une tente, un sac de couchage. Ca pèse ! On papote bien avec Clémentine, j’aime bien se personnalité. Je l’envie un peu, c’est une vraie baroudeuse c’te fille ! Elle a quand même déjà fait le G20 en Corse et le Mont Blanc. Elle compte d’ailleurs se faire la côte est de l’île du sud en rando, avec le Kepler Track, le Routeburn, le Heaphy et Abel Tasman (entres autres).

En route pour Stewart Island!
En route pour Stewart Island!

Finalement la traversée du détroit de Foveaux se passe sans encombre. La mer est calme, le soleil brille, le temps est vraiment idéal. A bord, je papote un peu avec des locaux, ils semblent tous connaître le Stewart Island Smoked Salmon (SISS pour les intimes), l’entreprise où je vais faire du HelpX pendant un mois.

Arrivée au port de Oban, la seule et unique « ville » de Stewart Island, je donne mon numéro à Clémentine. J’espère qu’elle m’appellera quand elle finira son circuit, pour qu’elle me raconte tout ça !

Bon. Voilà, j’y suis.

Arrivée à Oban
Arrivée à Oban

Stewart Island, la 3ème île de Nouvelle Zélande. 1 746 km². Environ 400 habitants. 80% de l’île est un parc national, le Rakiura National Park. Moins de 28 km de routes. Plus de 280 km de chemins de rando. D’ailleurs, l’île est traversée par trois grands tracks de randonnées, le Rakiura Track qui est une des 9 Great Walks (3 jours), le Northern Circuit (10 jours) et le Southern Circuit (5 jours).

Stewart Island c’est aussi Rakiura pour les intimes, qui veut dire « glowing skies » en maori, « cieux qui brillent » en références aux Aurora Australis, les Aurores Australes. Le nom Maori d’origine, Te Punga o Te Waka a Maui, « L’Ancre du canoë de Maui » réfère à la légende qui raconte la formation de la Nouvelle Zélande : Stewart Island serait l’Ancre de l’Île du Sud (le Canoë) sur lequel Maui, grand héros de la mythologie Maori, a attrapé un Poisson, l’Île du Nord.

Ici, grâce à l’absence de prédateurs, les oiseaux sont rois. Kiwi, Weka, Kaka, Kereru, Fantail, Yellow Eyed Penguin, Sooty Shearwater, Muttonbird, Silvereye, Tomtit, etc. Plusieurs espèces endémiques, plusieurs espèces protégées. Le paradis des ornithologistes, notamment sur Ulva Island, une petite île au large de Stewart Island, appelée carrément « sanctuaire pour oiseaux ».

Vue du port
Vue du port

Des Aurores Asutrales, des oiseaux qui volent pas, des randonnées. Avec la forêt et la mer. Tout autour. Voilà, je suis parée pour mon mois décembre.

Arrivée à Oban
Arrivée à Oban

Y ALLER :

THE CATLINS, emprunter la Southern Scenic Route entre Dunedin & Invercargill

SOUTHERN COMFORT BACKPACKERS, 30 Thomson St, Invercargill

QUEENS PARK, Gala St, Invercargill

INVERCARGILL SOUTHLAND MUSEUM, 108 Gala Street, Invercargill

ORETI BEACH, suivre Dunns Road, Otatara

BLUFF & SIGNPOST & BLUFHILL, Flagstaff Road, Bluff

FERRY STEWART ISLAND EXPERIENCE, Port de Bluff au port d’Oban

STEWART ISLAND SMOKED SALMON, 11 Miro Crescent, Oban

Au Sud de l’île du Sud

2 thoughts on “Au Sud de l’île du Sud

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *